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Marie-Agnès Michel

Interview de Marie-Agnès Michel







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Biographie de Marie-Agnès par Marie-Agnès:


Je suis née à Dakar où je suis restée jusqu'à deux ans, puis j'ai pris un bateau pour la Martinique où j'ai passé la première partie de mon enfance. Cela a son importance car je me suis toujours sentie d'ailleurs, une impression confirmée par la suite par la difficulté à faire établir le moindre papier officiel.


J'ignore si cela est lié mais, après notre retour en France, j'ai commencé les fugues très tôt. Pour la première je devais avoir huit ans; je suis partie très organisée avec du pain, des pommes, et des livres, déjà.


J'étais en avance à l'école, du genre singe savant. L'un de mes frères se souvient que le maire du village où nous habitions avant de déménager à Montpellier aurait fait un discours pour saluer ma précocité et que les autres élèves me considéraient comme un animal étrange. Je mets la chose au conditionnel car moi je n'en ai pas souvenir.


J'ai été une adolescente difficile, qu'il aurait fallu enfermer pour tenir. La lecture de Genet avait forgée mon idée du romantisme. Mon premier tatouage fut fait à l'aiguille à coudre, en deux fois car il était nécessaire de repasser dans la croûte pour s'assurer qu'il tienne, et j'accueillis la douleur comme la preuve de ma liberté. Je traînais dans la rue, j'allais en boîte, essentiellement avec une bande d'homos dont mon grand ami, Alex, ma Diva, mort depuis, qui apprenait à toute une clique de garçons-fleurs (dont un certain nombre, trop jeunes pour travailler et rejetés par leurs familles, se prostituaient) qu'il avait pris sous son aile comment se caler la queue entre les cuisses pour les spectacles travestis. Nous dormions à quatre dans le même lit quand l'aube nous ramenait chez lui.


Vers quinze/seize ans j'ai quitté le domicile familial pour une chambre prêtée par une amie de mon père, peinte en noir et ne possédant pour toute commodité qu'un évier avec l'eau froide, toilettes un étage plus bas.


J'ai passé le bac en candidat libre, toujours en avance, et l'ai réussi. Entre temps j'avais découvert la drogue, ou plutôt les. Les mecs défilaient.


Retour chez mes parents, direction la fac. Histoire de l'art. J'ai décroché au bout de deux ans, déçue par l'approche conservatrice des profs et l'ennui que me causaient les autres étudiants, trop sages à côté de moi qui avait "une histoire" en bagage.


Je suis venue à Paris à vingt ans, afin de retrouver celui qui était alors mon grand amour. Il ne m'avait pas attendue, fin de l'espoir.


J'ai fait plein de petits boulots, comme du ménage industriel ou ouvreuse de cinéma, (j'ai même travaillé chez Moune, la plus ancienne boîte lesbienne de Paris, bien avant que cela ne devienne un endroit branché, où j'étais jeune fille à tout faire, du remplacement de la DJ au service), mais toujours en marge de toute carrière. Une vague tentative de mannequinat échoua parce que j'étais ingérable et que l'agence se lassa de mon caractère avant même que j'ai débuté. Mais j'ai posé pour quelques photographes en séances privées dont, plus tard, Gilles Berquet.


Je sortais beaucoup. Essentiellement dans le milieu homo, allant jusqu'à me bander les seins pour accompagner mes amis dans les boîtes gays. J'avais les cheveux courts et l'air d'un garçon de quinze ans. Nul n'était dupe mais on me laissait entrer quand même parce que je faisais un mignon garçon. Je m'enorgueillissais d'avoir été prise en photo à la réouverture d'une boîte par un journaliste du Gai Pied qui sous-titra « Toujours d'aussi jolis garçons au Limelight».


Simultanément je traînais dans les premiers squats. La grande période. Ah, le Palicao ! Et j'arborais un look punk. PIL ou Télévision, The Clash, New Order, The Psychedelic Furs, The Cure étaient Ma Musique.


Une anecdote à propos de Cure. Je connaissais une fille "fiancée" (elle envisageait sérieusement le mariage et lui aussi je crois, mais l'ayant perdue de vue je ne sais ce qu'il est advenu du projet) avec un des musiciens, Lawrence. Un soir où nous étions partis en vadrouille avec lui, par caprice je frappai du pied dans la vitrine d'un bar. La vitrine se fracassa et j'en ai gardé une belle cicatrice à la cheville. Lawrence, qui était un garçon bien élevé, fut très choqué de l'incident.


C'est aussi l'époque où je faisais tandem avec ma petite Nat. Ma grande histoire d'amitié féminine. Thelma et Louise à côté de nous c'était de la rigolade ! qu'est-ce qu'on a pu faire comme conneries. Dans Dalla$ j'ai essayé de transposer les sentiments qui me liaient à elle entre Tex et Ed.


À vingt-cinq ans j'ai rencontré à mon QG d'alors, les Bains-Douches, Jean-Pierre Dionnet, fondateur des Humanoïdes Associés et comparse de Philippe Manoeuvre dans les Enfants du Rock, avec lequel j'ai eu un fils. Une relation houleuse, une rupture plus encore, mais nous nous sommes souvent amusés et grâce à lui j'ai pu rencontrer des dessinateurs comme Liberatore, mon idole, ou encore être spectatrice privilégiée de l'aventure Canal Plus. Nous sommes toujours en relation via notre fils.


Avoir un enfant change forcément la donne, mais j'ai continué à faire de lointaines incursions dans des squats, et du punk je suis passée à la techno, des Bains au Rex Club. J'ai aussi appris l'hébreu pour pouvoir lire le Cantique des Cantiques. Il m'en reste quelques bribes, suffisamment pour me donner l'illusion qu'il me suffirait de m'y remettre pour que ça revienne.


Ces dernières années je n'ai fait qu'écrire. Je ne sais pas si le jeu en valait la chandelle, si se couper de tout pour pondre ardument des livres était "raisonnable"... aux lecteurs d'en décider.


Les livres. J'ai toujours lu. Beaucoup. Sans cesse (la légende familiale raconte que je savais lire avant de savoir marcher). Et toujours écrit. Au compte-gouttes par contre. Commençant par des phrases uniques que je calligraphiais sur des feuilles de papier Canson, continuant par des nouvelles, longtemps, avant de me lancer dans les romans. Courts. Écrits mot à mot et me demandant autant de temps que des pavés de cinq cent pages. L'un de mes éditeurs, Franck Spengler, de Blanche, m'a mise en garde contre ce perfectionnisme ayant mené d'autres auteurs à cesser d'écrire, mais je n'y peux rien, il faut que je revienne maintes et maintes fois sur chaque phrase avant d'en être satisfaite.


Ceci étant j'ai découvert avec le blog Léo Scheer une autre façon d'écrire, instantanée, et en communauté. Une véritable révélation.


C'est aussi là que j'ai rencontré Brieuc Le Meur alias Auddie, grâce auquel l'expérience de l'écriture on line pourra se poursuivre sur f4, puisque le blog Léo Scheer a péri, et qui est devenu mon éditeur après avoir été un compagnon de jeu. L'aventure commence...


 


Bibliographie:

69 – éditions Blanche
Pris sur le vif – éditions Blanche
Blanc-Titre – Jean-Pierre Faur éditeur
La Plaine – Le Manuscrit
Chien d'attache – Le Manuscrit
1m02 au garrot – Adverbial éditions
Le Ruban – La dernière goutte
L'allégresse des rats – La dernière goutte


 


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Marie-Agnès Michel