Philosophie des sciences

Linguistique, psychologie, philosophie, phénoménologie, cosmologie, art, biologie, ingénieure.

Articles critiques et extraits d’essais d’auteurs du collectif informel f4.

  1. f4 dit :

    Articles critiques et extraits d’essais d’auteurs du collectif f4.

  2. blm, pulsions / #meetoo dit :

    Les hommes ont peur du regard des autres hommes.

    Il s’agit alors, dans leurs gestes envers les femmes qu’ils ne connaissent pas, d’une prédation mimétique faite de jeux de domination de soi en vertu d’un traumatisme avec un parent ou avec d’autres garçons. Il s’installe très tôt dans le programme interne.

    Hors du fait pulsionnel, la virilité cache bien d’autre choses que la force ou l’hétérosexualité. Elle cache l’image de l’homme à l’homme en présence d’une proie. Et la compétition qui se crée, le jeu rituel d’une permissivité, qui fait remonter un manque de confiance en soi, trahit également une obsession pour d’autres hommes, une homo-bestialité. C’est lui-même qu’il faut punir, dépasser. Son modèle sexuel passe par une imitation. Il se voit en l’autre et voudrait que l’autre se voit en soi, et la femme devient un fait du symptôme, une donnée après rituel.
    Il est submergé par l’angoisse, submergé par son angoisse, son trop plein hormonal, ce robinet laissé ouvert.

    Dans une entreprise ou une institution, l’homme obsédé, l’homme pulsionnel, agit contre la femme mais il agit contre, envers, ou avec d’autres hommes ; il domine une image. Chaque assaut alimente une hystérie, une partie macabre et abîmée de la représentation de soi dans un monde d’homme dont la place fut donnée à la punition, et l’espace laissé vacant à la pulsion. Cet espace vacant, ce cratère me^me, ce champ de mine, est remplit par une chimie du cerveau jamais régulée par la confrontation normale au réel.
    Il détient un modèle violent : casser le réel, s’inonder soi-même.

    Le refus de la victime ouvre encore la brèche et la pulsion. Il reproduit, voudrait se submerger. Il imagine que la victime a besoin de cette matérialité du refus et est stimulé par la force, lui même est stimulé par sa représentation de sa peur, l’interdit. Il revit son trauma. Il s’excite avec la logique de la casse, du bris, mais je fait qu’abîmer et ouvrir encore les brèches en lui.

    Dites lui alors “je suis pas ton père!” , ou : ” je ne suis pas ta mère ! “, très calme, ou en hurlant de colère, je ne sais pas.

  3. Initial BP dit :

    #moiaussi
    #mamèreaussi
    #mesgrandmères
    #feuesmesarrièregrandmères
    #chacunedemesamies
    #chacunedemesconnaissancesféminines

    à Paris en province à l’étranger dans la rue dans le métro à la supérette au cinéma dans des conférences des expositions à la fac à l’aire de jeux d’enfants (…) c’est potentiellement partout et tout le temps, quel·le·s que soient l’âge l’origine le niveau socio-professionnel, la tenue portée, et c’est très fatigant d’être toujours sur ses gardes alors ✊

  4. auddie. ecriture inclusive dit :

    A propos de l’écriture inclusive :

    Mon prochain livre est écrit au genre féminin, tout simplement, c’est à dire que les histoires comme les sermons sont au féminin, et s’y accordent. Les raisons comme les moyens ont été remarquées. Les signes du temps qui change, comme les intentions, devraient être -en alternance-, prises au sérieux.

  5. La pyramide de Kéops. by blm dit :

    Il faudrait interdire d’inspecter ce qui a été découvert : une cavité au milieu de la plus grande pyramide, par mesure radio.

    Tout à fait d’accord. Bon ça deviendrait une première dans le domaine particulier du hors-champ touristique et archéologique. Ces deux notions sont d’ailleurs proches, tout du moins liées, tant le regard du monde sur la mystique polythéiste égyptienne a pour fonction de mesurer la fierté et la valeur du secret. Mais il y a autre chose, qui me chagrine beaucoup plus : c’est l’arrogance et l’efficacité absolument antipoétique de ces chercheurs et de leurs appareils. Soudain, ils ne demandent qu’à être “devant la pyramide” et non plus “dedans”, et n’ont d’autre tache que de mesurer l’absence de mesure : un vide quantique. Ils ne sont même plus vraiment là. Ils surfent sur facebook.. Et d’un coup, tout s’effondre : Et l’égyptologie. Et le secret des architectes de Keops (ou leurs pièges, ou l’effet sur la bourgeoisie de l’époque). Et la notion même de réalité, puisqu’il n’y a plus de secret possible, cette chose faite pour être racontée.

  6. https://www.arte.tv/fr/videos/069096-000-A/demain-tous-cretins/

    l’iode… En fait, il faut ramener de l air ,marin chez soi. Félicitations à ces scientifiques, en espérant, qu’ils aient tous le “vent en poupe” pour faire éclater les vérités, et les mensonges qu’ils se tuent à combattre. Intéressant, et assez court…

    J’ ai pensé à ce poisson, au cours du reportage…. le “combattant”, si paisible, mais qui se bat…..

  7. Brieuc Le Meur - le tout venant et l'élégance dit :

    L’écrivain et sémiologue Roland Barthes (1915-1980), a dit un jour :
    «la politesse est plus généreuse que la franchise, car elle signifie qu’on croit à l’intelligence de l’autre».

    – Brieuc Le Meur : Il me semble, à mon très humble avis, qu’il y a ici un contre sens. Pourquoi d’un côté, et à juste titre, réhabiliter les “sans éducation”, le “tout venant”, et en même temps fustiger la vulgarité ?

    – Christophe Gerbaud. Cher Brieuc Le Meur. la chose est plus subtile que cela – on peut être pauvre et aristocrate dans le même temps cf : Dans notre dossier Orwell, cet anarchiste conservateur, nous avons longuement présenté les essais du philosophe Jean-Claude Michéa. Celui-ci vient de publier un nouveau livre aux éditions Flammarion : La double pensée, sous-titré Retour sur la question libérale.
    Pour Michéa, l’actualité récente — la crise financière et économique — oblige à repenser le libéralisme, cette forme moderne du capitalisme. Mais la crise tout aussi évidente de la gauche [3], nécessite un effort plus grand encore : repenser ce que pourrait être une alternative socialiste (pas du tout contradictoire avec l’anarchisme).
    Si cette perspective a un sens il est bon de revenir sur ce que Jean-Claude Michéa, à la suite de George Orwell, appelle « la morale commune » ou la « common decency ». http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article753

    – Blm : Certes, mais alors, entre un anarchiste de droite, et un anarchiste de gauche, il me semble que les deux savourent leur amour du conflit et de la complication. Du reste j’entend bien la nécessité de dépasser les tropismes habituels. Pour en revenir à la politesse et à la vulgarité, à la critique vaine du beauf ou de l’extrémiste, elle mérite un développement plus affirmé, qui se départirait à la fois de l’émotion, comme de l’hypothèse ambidextre, mutante, de l’opinion. La politesse et l’élégance peuvent tout à fait être entendues comme des leviers de domination. Il n’est pas simplement vain de vouloir moraliser un extrémiste ou une personne butée, il est tout aussi vain de se raccrocher à une éduction, à des valeurs morales, toutes progressistes soient-elles et d’estimer qu’elles suffiront à dépasser le problème. Car ces valeurs morales, ces lois sociales, intelligentes certes, peuvent être une véritable agression, en terrain moderne (sociétés de plus en plus inégalitaires). C’est là où je vois un contre sens.

  8. blm dit :

    Chers contacts français, artistes, chercheurs, peut-être universitaires, auteurs lointains ou un peu plus proches, j’ai conçu entre 2015 et fin 2017 un essai de philosophie, enfin, que je qualifie de philosophie, qui énonce une dizaine de concepts que je trouve nouveaux, et qui suivent de près ce que je découvre en travaillant la création dans des domaines variés, parfois de façon très intense, même si ça ne se traduit pas en succès immédiat dans la sphère commerciale ou médiatique. Je l’ai écrit lorsque le tournage du long métrage, achevé récemment, était arrêté (impossible de tourner les hivers, par exemple).
    Ce sont des recherches, et comme toutes recherches, elles sont désintéressées. Et elles prennent leurs distances avec les modes intellectuelles, comme avec les modes de présentation éditoriales ou universitaires ; .. car ces concepts peuvent parfois peuvent être entendus comme partant dans “tous les sens”. C’est justement ce “tous les sens” qui m’intéresse. Mais je ne trouve pas d’écho chez les éditeurs, sinon ce “tous les sens” qui les déroute. Et il y en a peut-être à jeter, de ces concepts, de ces hypothèses, mais je ne trouve personne pour collaborer, pour les mettre en doute.
    Ce qu’on est seul lorsqu’on avance dans ces directions. Alors.. j’aimerais bien les porter au dialogue, à la conversation, au crash test. Mais.. je ne sais pas comment. C’est toujours un peu difficile de tout donner comme ça, la somme d’une vie d’intuition et d’analyse des scènes, des techniques, du futur qui nous tombe dessus, des définitions de l’humanité qui vont disparaître aussi vite qu’elles nous sont apparues… et avec quel outils ? Alors je ne sais vraiment pas comment faire, ni avec qui collaborer, ni qui rencontrer qui puisse être ailleurs que dans son domaine particulier, quelqu’un qui chercherait dans “toutes les directions” ou plutôt dans: “aucune en particulier”.
    Même si vous n’avez pas d’affinité particulière avec moi ou avec une image (fausse, qu’induit ce site), ici, écrivez moi en privé, et je pourrais vous faire parvenir ce texte d’une centaine de page qui ressemble à une table des lois ; une table des lois autour desquelles nous tournons peut-être.

    Je réfléchis également à produire des vidéos pour youtube, des sortes de condensés théoriques, simplifiés, mais, même dans cette entreprise, je me demande comment et pourquoi je devrais faire ça dans une telle solitude, sans au préalable créer les conditions d’un dialogue, d’une mise en route, en doute, pour sentir si ces hypothèses peuvent être assimilées.

    Je réfléchis également à créer une sorte de google sheet ou un blog dédié, qui permette les annotations. Pour moi tout le monde est chercheur, tout le monde a des intuitions, et tout le monde peut les mettre en forme. Ce n’est qu’une question d’effort et de pratique.

    Alors, dites moi !

  9. blm vs Barthes dit :

    Roland Barthes, cette guimauve sur le gâteau d’anniversaire… On y fête la simplicité des messages ronds, le français d’estime et l’entière, la puissante… didactique sans grande ouverture (du rideau). Vérités des derniers animaux en complet veston, les coulisses maintenant, c’est l’antimatière de nos sombres abysses, la tête à l’envers, et il ne restera rien, rien de ce flux humain ni de ce ronronnement parisien ‘entretenu’. La routine oui, comme il dit. La routine… Mais non, maintenant, on ouvre le rideau, non plus sur la scène, mais sur les choses que l’an deux mille a offert de façon froide et désentimentarisée.

  10. Alice Popieul dit :

    Reprendre contact avec l’immémoriel alors que tout dans cette société semble tirer son mérite de la simple qualité de la nouveauté. Toute connerie, pourvu qu’elle soit neuve (ou pseudo-neuve), devient le centre de tous les soins. L’innovation comme étalon, sans aucun autre critère de respect. AH si, quand même : la valeur marchande qui s’attire toujours un respect immense. Bref.
    Détruire, sans avoir la moindre idée de ce qui jaillira des ruines fumantes et parsemées de sang que notre excitation pour l’illusion aura foutu par terre. Nous sommes fascinés par le récit de notre propre grandeur. Nous sommes si certains de nos connaissances et de notre mode de vie que nous l’imposons à la Terre entière le coeur content, avec des bombes s’il le faut. Il parait que notre civilisation a atteint une sorte d’acme dans l’histoire humaine. C’est ce qu’ils disent à la télé, des gens très sérieux. Nous valons mieux que les autres peuples, les autres civilisations. Non, nous ne dirions jamais ça, car ce ne serait pas correct de tenir des propos blessants : mais rien n’empêche de le penser ni de démontrer ce mépris constant dans nos actes. On les aime bien, les peuples qui ne sont pas assujettis à l’argent, mais leurs croyances, leurs valeurs, sont risibles n’est ce pas ? Des enfants supersticieux, nous disent peu ou prou les ethnologues. Avec toute l’arrogance de celui qui est né de la dernière pluie, nous voulons changer “les choses” et que chacun se plie à notre lubie passagère. Avec toute la bêtise colérique de l’esclave qui après une vie d’obséquiosité, dans un sursaut qu’il croit émaner de lui-même, pense trouver sa gloire en imitant le maître par la destruction. Quelle misère.

  11. “internet” dénature à merveille les rapports humains… Sidérant.

  12. blm dit :

    J’ai donné mon dernier essai à lire à 8 personnes, très motivées, très intéressées. Trois ans de travail, dans le plus grand secret, somme de nombreuses recherches et observations. Des choses concrètes, issues du vivant, de l’expérience. C’est de la philosophie des sciences, de l’anthropologie, de l’art, de la linguistique, de l’anticipation.
    Un mois et demi après, pas un feedback ou presque. Rien… Je préfèrerais qu’on me dise que c’est de la foutaise. Que je me trompe. que c’est trop long, ou vain. J’adore quand on me dit ça. Je ne me vexe presque jamais.. En tout cas, quand on me donne quelque chose à voir, à penser, je vais au bout du job. Je dialogue, je suis sincère, engagé. Rien n’est plus important pour moi que ce travail, que ces travaux, et la façon dont les autres s’engagent sans frein, prennent tous les risques. Je respecte ça infiniment. Je ne sais pas si les déclarations d’intention sont une réalité, une manière de communiquer. Peut-être que je ferais mieux de faire du streaming sur facebook, moi en train de cuisiner, avec un tablier, ou en train de gouter un vin du sud. Pas mal non? Des vidéos d’une minute. Allez.
    Je crois que ça pas être de la tarte de sortir ce truc. De toute façon qui s’intéresse à la vérité, à la complexité? Ce qu’on veut c’est du mensonge, du maquillage, de l’esbroufe. De la violence aussi, de la rapidité. Aaah, la rapidité. Ou bien, essayons d’être un philosophe qui ressemble à un philosophe. à un chanteur qui ressemble à un chanteur. Il faut que tout ressemble au truc d’origine. Succès garanti. : la figure de “l’intellectuel” bien dans son job, aussi lisse qu’un démonstrateur d’aspirateur. “Il aspire bien celui là, il vous tiendra dix ans”. “Dix ans vous dites?” “Dix ans.”
    Vous comprenez? Le monde DOIT ressembler à une carte postale. à une bible. A une pub américaine des années 50. Le monde n’a PAS changé. Le monde n’a pas changé. Le monde n’a pas changé.
    Tu peux écrire un livre pour décoder les arcannes, les fils d’Ariane, les plis spécifiques dans lequel se lisent un message. Un message à chaque pli. Tu peux, mais qui te lira?
    “Il aspire bien je vous dis”.

  13. auddie dit :

    Le rêve n’est ni l’éveil, ni le sommeil, c’est le rêve…

    ______________ C’est le troisième monde de l’homme

  14. Lise d'O - le réel dit :

    Le réel est un paysage dessiné par l’imaginaire. Il a des relents d’audace, il est une lumière sur l’esprit qui voit le monde. Le réel est impropre à l’homme, il ne lui ressemble pas. Ni en point, ni en liens, ni en nuances, le réel est un espace de rien, qui s’étend sur tout, comme l’univers au paroxysme d’un nous inconséquent, ce nous qui n’est jamais le même et s’apprend à tous les temps. Le réel est le poids de l’eau grammé sur le monde ou de mon coeur qui palpite et tente d’apaiser les flots de mon être noyée en verre d’eau.

    Le réel a des allures de perfection, perfectible, innomable et insondable, le réel est arbitraire, car il induit tout le monde, et ne convoque personne. Le réel est le magma d’ un volcan en effusions sans sentiments. Le réel est un comment sans chemin d’âme, une illusion de l’ essence, un hors-champ. Une phote synaptique en noir et blanc, un univers sémantique en nuage, une complexité émotionnelle bloqué dans un nuage, un frère sans place. Sans espace, sans phrasé, sans mots, silencieux et absent. Là sans l’être, là sans mots, il ferait de la musique, il zapperait son do…

    Le monde réel n’est pas l’ espace car il ne peut s’emplir, ni se nourrit, il est un puits sans fond, un puits itarrissables, comme les loges que l’on croise, avant le spectacle du monde et de la vie qui nous toise… On n’est qu’une parcelle de vie panoramique, on parasismique, on se pose et on recommence, on valse, et son se donne, à flots dans les mopts on rame, pour avoir du monde la coupole, et non point la tête coupée…. De n’avoir osé dire… Ce que les mots n’osent.

  15. auddie dit :

    la zone internet :

    alors voilà, on dissèque chaque personne un peu sous le feu des projecteurs, chaque personne assez courageuse pour se taper cette dissection dégueulasse, sans qu’aucune ni aucun commentateur ne se demande combien de minutes ça prendrait pour que leur intégrité, à eux, ne se diffracte sous le même effet dévastateur, miroir, où les défauts des uns sont projetés dans la figure médiatique des autres.

    on parle bien de -minutes-, sinon de secondes.

  16. Travers de la contemporanéité. Par Brieuc Le Meur. dit :

    Travers de la contemporanéité

    Par Brieuc Le Meur.

    Analyse des conflits de pensée et des parallèles dans : l’art, le féminisme, l’antiracisme, la communication politique, l’écologie décliniste.
    Ces conflits français sont de source claire : les transfuges qui les entretiennent sont des rois prisonniers. Sont à l’œuvre des rôles altérés, des paysages renversés.
    Au travers de ces luttes, souvent temporaires (un moment militant), on s’assure de diffuser en soi les réponses chimiques adéquates et d’entretenir une impression d’exclusion, un sentiment blessé.

    Note d’intention :
    L’idée de ce texte est de démontrer ces parallèles -il y en aurait beaucoup d’autres- en forçant de façon abstraite l’unité de ces observations. Il s’agit de mettre en lumière la façon que l’on a de perdre de vue un objectif initial comme les mesures concrètes pour améliorer un problème. Il s’agit de mettre en lumière la façon qu’on a d’occulter de véritables solutions.

    Entretenir ou générer un conflit intellectuel équivaut à nier toute entreprise alternative (pro active et non analytique), en ralentissant l’avancement de ladite cause, le but étant bien-sûr de garder le contrôle sur une injustice sous-jacente, sur une gêne, sur une attache émotionnelle qu’il convient de continuer. Il s’agit de protéger sa position de victime, de retrouver le moment de la révolte, mais aussi, un effet de puissance et de coercition de la langue (qui a initialement blessé).

    *

    Dans l’art :

    Il semble que lorsqu’un galeriste d’art contemporain visionne le travail d’un photographe classique (un artiste qui n’est pas auteur et qui ne met pas son propos en scène), sa patience est mise à l’épreuve. Il a vu une chose terrible : figurative. Il a vu une esthétique de la beauté non altérée.

    Ce qu’il recherche, c’est une structure codée du monde, une abstraction des idées elles-mêmes, un avortement des sentiments, et non une abstraction de la figure ou sa reproduction. Il a besoin de cette javellisation des dualités, du mouvement, de la beauté.

    On en appelle désormais à de vraies dispositions psychiques, à un « code », à un dogme. L’abstraction a fini par court-circuiter les sentiments et verbaliser le pictural. Cela peut être une représentation de la représentation par exemple, ou un objet qui se représente lui-même, un contre-emploi du statut même des choses. Ce sont finalement là ces seules conditions de sa qualité, de sa qualification d’art, et non d’exacte surface 2D, de film plastique, de bio film, de tout ou partie du réel.

    C’est la didactique qui intéresse, la requalification multidimensionnelle et cérébrale d’un fait en un autre fait avec ses règles propres. Oh les anciennes peuvent converger ; et elles convergent : la morale, l’esthétique, le sentimental, le sacré, la nostalgie, le folklore des métiers, de la société, des usages, la honte, le déni. L’ensemble est toujours basé sur les mêmes règles émotionnelles, quoi qu’il arrive. Mais alors de quoi parlons-nous ? Elles sont interverties, transmutées, reprogrammées. Elles sont asséchées.

    A vrai dire on pourrait avoir usage de chaque œuvre d’art contemporain conceptuelle, comme avec autant de sachets de nourriture lyophilisée. Passez-les à l’eau brûlante, elles redeviennent souvenirs, opinions, sentiments, émotions, vie. Mais que cette installation puisse retrouver le monde réel et émotionnel importe peu. L’excitation spirituelle commence par le dessert. Elle se targue de manger avec ses lacets, d’attacher ses chaussures avec des fourchettes, des couteaux, de voir les fenêtres d’une maison installées dehors, et les arbres du jardin, dedans. On diffuse un sentiment de puissance, la toute-puissance de l’esprit qui l’a refoulé ou de celui qui s’en rappelle, fier d’avoir une distance avec les règles basses de la représentation (et donc, de la production).

    C’est donc une révolte, mais aussi, une gymnastique architecturale de la langue et de la pensée. Plutôt que de se montrer alourdit face à une cause obsessionnelle du quotidien, c’est tout le réel qui est retourné, dévitalisé. On parle souvent de décontextualisation, mais plutôt que de se mettre la tête à l’envers pour mieux voir ou pénétrer la modernité, critiquer ou renouveler les systèmes de représentation qui en découlent, on renverse le monde, on crypte encore plus la langue, on dévitalise le monde pour mieux SE dévitaliser. C’est un conflit avec soi-même qui se prolonge, et c’est la folie de la perception qu’il faut reproduire. C’est la psychose qu’il faut retrouver dans la dénaturation des choses.

    C’est l’art conceptuel, l’art contemporain, l’art des galeries d’art. Il n’y a pas ici de jugement qualitatif. C’est l’élusif, le « code » qui est analysé, la posture mentale (sans laquelle plus rien n’a de goût, comme avec ce galeriste pris en exemple).

    *

    Dans le féminisme :

    Il semble que lorsqu’un féministe essaie de prolonger la fréquence de sa vie et ses convictions égalitaires, il doive se butter à des réalités militantes qui se sont spécialisées.

    Selon lui, et de par son éducation progressiste : n’être pas un salaud, espérer que les femmes obtiennent les mêmes droits que les hommes en matière de salaire et d’activité, qu’elles soient protégées au quotidien… selon lui ces concepts sont des acquis. Il n’a pas eu à les défendre. Il ne croit pas les affirmer. Il est né dans cette parité. Il sait qu’être un homme courageux, c’est pouvoir n’être pas soumis à des rôles d’homme. C’est de ne pas avoir peur du regard des autres. C’est pouvoir être féminin, sensible, ou seulement original, en se réinventant tout le temps, insaisissable. A chaque seconde de sa vie, il respire et prolonge ce féminisme qui le dépasse d’une tête, qui est né avant lui.

    Pourtant aujourd’hui, deux camps s’affrontent : celui d’un féminisme intellectuel, didactique et queer, situé dans une urgence pratique, dans un combat politique et médiatique fragile, et celui d’un féminisme scientifique, empirique, naturaliste, qui observe les changements et les minimise, puisque vus par le prisme de l’anthropologie. Ce dernier (féminisme) peut récuser les revendications sociales, individuelles, arguant que des milliards d’années d’évolution ne peuvent être niées en seulement quatre décennies.

    Ainsi, un féminisme juridique s’oppose à un féminisme biologique. Le premier dit non à la lourdeur des procédures pour défendre les victimes de violence, il dit non aux « oui mais ». Ce féminisme est un féminisme de défense et d’attaque. Il ne tolère aucun report ou ralentissement du progrès, quoi que cela puisse induire dans le paradigme humain. Peu importe la fragilisation temporaire de la notion de virilité.

    Le second est qualifié de provocant, de rétrograde. Ce féminisme biologique entend conserver un leadership de circonstance au quotidien, avec des rôles définis et codés, avec l’argument de la séduction, du rapport de force séculaire qui donne la part belle aux femmes, au jeu du mépris, du tango, de la danse : le jeu que l’on sait. Il revendique un territoire distribué naturellement comme un territoire du corps désiré.

    De l’autre côté le féminisme juridique et queer remet tout en question et revendique un territoire de la pensée. L’égalité est une urgence ni sentimentale, ni folklorique. On ne la reporte pas.

    Face à la simplicité de celui qui veut simplement que les hommes ne soient pas des salauds, on inclut un conflit entre victimes et non la cause qu’ils défendent. On se focalise sur autre chose. Sur un hors-sujet. C’est autre chose qui pousse. Un désir de puissance, par mésusage de la langue qui opère sans cesse des retours sur elle-même, comme dans l’art. Et c’est aussi une étrange hyper spécialisation, une complication, un renforcement d’un mur inutile qui pose les conditions d’une guerre de tranchée. Absconses, contre-productives, les théories se complexifient. Plus personne n’est intéressé par ce qui se révèle n’être qu’un tracé de tranchées, tracé qui fait oublier le but même de la guerre.
    Linguistique psychotique pétrie de fantasmes en hors champ, ces conflits fratricides propulsent les militant e s de la cause, hors de la cause elle-même ; Chaque partie de la lutte est mise en mono culture forcée et ne se relie plus au monde, en tout cas pas dans le débat intellectuel ni dans l’élaboration de stratégies concrètes de coercition des hommes.

    Chez les hommes, deux parties sont soi-disant « opposées » : un macho rétrograde contre un féministe doux. Ce dernier est pourtant prêt à défendre les femmes sur le terrain masculin. Il est le seul qui agit pour un renouveau de la société. Il reste stéréo, multiple, paradoxal : il accepte sa temporalité lente. Mais i lest peu défendu par les femmes militantes, qui parfois, lui préfèrent le premier. On lui préfère l’identité fixe et forte, séculaire, qui à inventer encore ses acteurs et ses démons.

    *

    Dans l’anti racisme :

    Le militant anti raciste spécialisé a autant de paradoxes à démêler, et plus il en a, plus son acuité à s’habituer à chaque espace de la cause qu’il défend l’écarte de la cause elle-même. On le voit lorsqu’il finit par diverger, par prendre des chemins de traverse, comme pour s’alléger. Il crypte d’autant plus sa pensée qu’il réinvente même l’ennemi, à défaut de se réinventer lui-même.

    Il le voit dans ses rangs. Il a besoin de cet ennemi. Il n’acceptera pas que celui-ci disparaisse, car le romantisme œdipien (de son engagement) s’en trouverait réduit. Il veut papa ou maman dans le même camp que lui. Il vit une relation sacrée. C’est une gymnastique de la langue et de la pensée : plutôt que de se montrer altéré face à une cause obsessionnelle du quotidien, plutôt que de montrer une indignation simple et n’en faire qu’une observation, c’est tout le réel et son usage (et non son contexte) qui est retourné. Plutôt que de se mettre la tête à l’envers, on renverse le monde (comme dans l’art).

    Ici, au sein du groupe, du parti ou de la cause, la relation œdipienne est isolée, puis magnifiée, entretenue secrète, et c’est comme une famille recomposée. C’est un on objet d’amour et de reconnaissance. Alors, au sein de la cause antiraciste ou antifasciste (mais c’est le cas pour de nombreux domaines, par exemple, prenons celui des végans qui attaquent des boucheries) c’est un camp plus concret, plus à même de réaliser des compromis ou de remonter à la source du problème sur des terrains différents (et moins sexy qui devient l’ennemi.

    Même force œdipienne, mais inversée. Dans la famille des mots et des idées, la fratrie se déchire. Le langage potentialise les effets et prolonge d’autant la reproduction des hiérarchies. Les mots proférés, écrits, pensés, augmentent les réactions chimiques. Dans la lutte : deux groupes fratricides. Dans l’individu (ou le militant) : deux notions ambivalentes. Les deux sont actives. Racisme et anti racisme. Pulsion et refoulé.

    • Note de l’auteur :
    Notez qu’ici, la réflexion s’inspire d’un constat abstrait, issu de l’usage phénoménologique du langage. Il ne s’agit pas de faire mentir les convictions profondes des militants des causes anti racistes ou des causes animales. On peut simplement douter de leur rayonnement effectif, et donc, penser leur rayonnement intérieur, dans l’individu, puis l’analyser.

    Si l’art contemporain est apparu après le surréalisme qui essayait de respecter le continuum du subconscient et du flux indéterminé de la vie, ce fut pour créer un contraire de la forme artistique, mais aussi pour louer le classicisme (vu comme un acquis de conscience, mais que l’on appréciera crypté). C’est la gêne de la beauté et de l’émotion qu’il faut transfigurer en humour, en désordre des choses, en concept nominal brisé, en contexte imaginaire. Les statuts sont changés. Il n’y a plus d’usage même aux personnes, à personne. C’est l’homosexualité refoulée de l’artiste qui se matérialise (refus de la mère, de l’amour). L’art se possède lui-même dans la contemporanéité (comme le capital se possède lui-même dans l’abus de capitalisme oligarchique, ou l’armurier possède la guerre, soudain cryptée, commutée en connaissance, en théâtre).

    Le racisme de l’anti raciste, le machisme de la féministe, le classicisme du galeriste contemporain. La saleté, le mépris de l’écologiste. L’extrémisme de celui qui prône un consensuel milieu. Le hurlement du silencieux. Le silence d’opinion de celui qui crie. Tous sont des exemples paradoxaux d’êtres définis par le conflit. Des actions concrètes, inventives, non binaires, qui œuvreraient concrètement pour la cause qu’ils défendent, impliqueraient un relationnel apaisé, une stratégie de la sérénité annulerait la sensation de dépit, de colère
    Nous sommes là dans un univers mental de contraires révélés, révélés d’autant plus qu’ils explosent au grand jour, au regard de tous.

    De façon pulsionnelle, ceux-là sont leurs extrêmes ambivalents, extrêmes qui se tordent en secret dans le cœur des hommes, dans les « milieux », dans la masse. Nous affirmons ici que les extrêmes sont les forces actives, les précipités, et souvent, le véritable axe de décision (thème défendu dans un essai non paru achevé récemment : « la théorie des plusieurs », de Brieuc Le Meur)

    *

    Dans la communication :

    Médiapart titre, au mois d’avril 2018 :
    « La plume cachée de la ministre des transports se mue le soir en détracteur zélé ».
    Et l’article débute par :
    « Depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir, certains poussent très loin le concept du « en même temps ». Pendant quelques mois et pour près de 25 000 euros, Mathieu Souquière conseille la ministre des transports, Élisabeth Borne, dans sa « gestion de crise » sur la SNCF. Parallèlement, il est invité comme spécialiste de la communication sur des plateaux télévisés, où il critique vertement… la communication du gouvernement. »

    On constate ici l’effet inverse des réalisations didactiques contemporaines et des conflits et débats fratricides.
    Il ne s’agit plus de rester désemparé qu’une injustice se résolve sans eux, non. Fait nouveau, ils préfèrent tenir les deux extrémités et les défendre tant l’une que l’autre. Ils n’accepteraient pas de voir disparaître la cicatrice intérieure.
    Ici, la duplicité permet de résoudre un problème en l’amplifiant, en l’atomisant. Elle révèle, à travers l’absolution des ambivalences, que la même variable peut agir sous d’autres atours. C’est pourtant bien le même pendule qui oscille selon des degrés et des directions diverses. Si celui-ci n’est, en l’occurrence, pas caractérisé par le conflit de façon directe, il a même dépassé le paradigme en le déposant sur la table. Il l’a objectivé comme un outil.

    Il ne pousse plus aux fesses de l’enfant roi, acteur de ses propres perceptions. Il ne s’agit plus non plus de retrouver une position d’injustice familiale, personnelle, métaphysique, de jouer la précarité sentimentale ou l’inconfort, de la ségrégation même (dans ce théâtre la famille ou le groupe a fixé des règles illisibles qu’il a fallu crypter pour se garder de les bien comprendre). Non, celui-là est défini par la légèreté ou pire, par la mythomanie. L’opportunisme. La lâcheté.

    C’est une cause plutôt bien balisée dans nos sociétés : Cette duplicité jouxte celle ou celui qui se définit par la colère et l’indignation, puisque qu’avec deux extrêmes à manier, la cause en question est toujours aussi nulle, et le terrain émotionnel toujours aussi actif. Le second a simplement décidé d’assumer le mensonge, puisqu’il n’est plus tributaire de la réaction de l’autre pour retrouver un état émotionnel tragique ou une position de force (chantage).

    Là, c’est le réel qui est précaire. Le socle réaliste a sombré sous les pavés, comme par les chemins qui mènent d’un foyer l’autre. Le conflit d’identité s’est multiplié. Apaisé, car passé à l’acte, le menteur a pourtant toujours en lui ce qui le meut et le déchire, mais il n’est plus très sûr de la manière de mener à bien le combat de l’autonomie. Mieux vaut compliquer, brouiller et ne plus entendre, que choisir. Celui-là s’octroie le droit d’être les deux à la fois et ce sont les deux rôles qui bientôt vacillent, d’une manière ou d’une autre.
    Ce « conseiller » semble condamné.

    *

    Dans l’écologie :

    Dans l’écologie militante décliniste, souvent combinée à une critique du capitalisme, le conflit règne dans les mêmes proportions : On annonce l’appauvrissement inéluctable des ressources, la dégradation irréversible de la surface de la planète et l’effondrement de la civilisation. C’est une sorte de journalisme de l’apocalypse.

    Ici aussi, il s’agit de faire passer des énergies néfastes au lieu de s’attaquer concrètement au problème, comme d’inventer des modes de vie différents, de se faire exemple soi-même, de cultiver en permaculture, d’organiser des collectifs, de vivre un moment séparé du conflit, et cela revient souvent à créer quelque chose d’alternatif qui induit des étapes d’acceptance et de renouvellement des idées, un effort de dépassement des écueils et des noeuds nerveux.

    Lorsqu’on étudie ces processus récurrents de lancements d’alerte publics, on saisit que ces effets d’annonce apportent quelque-chose de concret à celui ou celle qui les galvaude

    L’exemple du décliniste (de celui ou celle qui aujourd’hui annonce l’effondrement de l’humanité, de l’environnement, de la biodiversité, et la fin des ressources) est un exemple d’école. Au vu des progrès techniques, il se dessine une toute autre probabilité : ce qu’ils annoncent risque bien de ne pas arriver. Des alternatives changent déjà radicalement le paradigme.

    On sait que le changement cyclique du climat est dû aux rayonnements solaires et à l’équilibre du système. L’homme accélère la pollution, comme la dégradation de l’atmosphère, mais il n’influe pas sur ces cycles à la puissance cosmique, gigantesque, comme sur la nature des nuages ni leur réflexion des rayonnements. Le recyclage, la récolte, sinon l’exploitation du CO2 en excès dans l’air, est une technologie viable qui va exploser dans les quelques années à venir. Des prises de conscience rapides, des changements annoncés de modèles d’agriculture et de transport, des changements radicaux dans la distribution du travail, la robotisation et l’intelligence artificielle, permettent d’anticiper un changement de civilisation dans les quinze ou vingt prochaines années. Mais on se bouche les yeux, les oreilles. Le drame collectif nous habite, plutôt qu’une création à échelle individuelle, à petite échelle. Et si on diffuse ce grand drame décliniste collectif sur le réseau, c’est bien pour étouffer sa petite voix intérieure, recouvrir son problème à soi.

    Les effets d’annonce consistent et à faire peur, à se constituer en prophète du pire, à diffuser une réponse chimique. Cette posture ouvre en grand le champ du tragique, et la tragédie, c’est aussi le conflit métaphysique sublimé. Si la tragédie artistique, elle, se tient dans le cadre de la scène ou de l’écran, dans le livre, la tragédie journalistique (plus ou moins mercantile) ou le cri en ligne (le cri du juste) ne sont pas très différents. Les effets d’annonce macabres empêchent littéralement de relever unes à unes les solutions de renouveau, de reconstruction, d’espoir, tant pour le collectif que pour sa sphère personnelle, soudain occultée par tant de grandeur. Ils minent toute alternative. Ils prolongent même la catastrophe, l’accompagnent. C’est une grisaille qui occulte le point de tension personnel, refoulé, transfiguré, l’inachevé illisible en soi, et l’intelligence est au service du moindre détail. Il permet la collecte obsessionnelle. Quid du principe de plaisir ? Il se base sur l’occultation des options positives.

    Alors ? Tel l’artiste contemporain, dans la communication contemporaine, l’objet est dénaturé. Tel l’anti raciste, les solutions de rapprochement des gens, de connivence, de connaissance, de découverte, sont empêchés : elles ne sont même plus au programme. Telle la (ou le) féministe conflictuelle, l’accompagnement des hommes et des femmes en déficit d’ouverture et d’égalité n’est pas au programme. Il n’est pas évoqué d’éduquer de front, de façon patiente et concrète, éducationnelle, organisée, des garçons ou des hommes empêtrés dans leur violence, dans leur horreur conceptuelle, dans leur peur face à la moquerie. Ces solutions concrètes seraient ici des mesures nettes en faveur de quotas, comme des réunions, des actes urbains et quotidiens, d’hommes à hommes, des actes directs en faveur des femmes et hommes restés en plein patriarcat malgré les mots, en pleine violence malgré l’indignation, en plein machisme malgré sa déconstruction, et qui rendent coup pour coup selon des lois religieuses ou mono culturelle.
    Chez, eux, le conflit les définit plutôt que la cause défendue.

    Chez le décliniste, chez ce prophète immobile, s’attaquer aux alternatives possibles et visionner un objectif positif, n’est pas de son ressort. Mieux vaut prolonger le conflit ou l’effondrement. Mieux vaut retrouver cette position acide, ces constats toxiques, signes d’un changement refusé, d’une mutation empêchée. C’est relié à l’enfance ou à une position sociale complexe, complexifiée. Parfois, c’est une punition que l’on s’inflige à soi-même. C’est un signe de reconnaissance personnel, dira-t-on.

    *

    Les chemins de la langue sont des codes. Ils mènent à leur propre diffusion de plaisir (morbide). Parfois, cela devient un nouveau diktat.

    La persuasion est sans but, et à mimiques éperdues. Alors, toute la chaîne professionnelle « suppose » que quelqu’un ici sait ce qu’il fait… *

    *curateur, galeriste, artiste, rédacteur, journaliste, public / militant de gauche, de droite, immigré, propriétaire du « territoire », paranoïaque / femmes contre femmes, hommes submergés de substances et d’hormones dont ils ne savent que faire, / public, chroniqueurs, rédacteurs en chef, internautes / lanceur d’alerte, spéculateurs de l’effondrement, alarmistes, déclinistes, progressistes, scientifiques, écologistes, pollueurs…

    … tous espèrent que quelqu’un sait ce qu’il dit, car on a donné crédit à un « autre » de façon automatique.

    Brieuc Le Meur
    Berlin. 14.05.2018

    Article originellement paru dans la revue “Dogma”

    http://www.dogma.lu/edition-printemps-ete-2018/

  17. La théorie du ruissellement. Par Brieuc Le Meur dit :

    La théorie du ruissellement.
    Comment vont nos sociétés, nos systèmes de représentation.

    Par Brieuc Le Meur

    Parmi les capacités éprouvées et conjuguées de la politique française, il en est certaines qui surpassent récemment toutes les autres : la franchise brutale, l’approximation et le double jeu. Ces qualités semblent appréciées puisqu’elles elles portent depuis des décennies des candidats au pouvoir. Est-ce là l’esprit français dans son intimité la plus inavouable, son logiciel le plus édifiant ? Parmi ces manifestations, un argument révèle les mystères de la représentation publique : La théorie du ruissellement. Elle signifie que le plus assoiffé, le plus mal lotis, le plus innocent des hères, profitera de la bonne santé des infrastructures, d’abord pensées pour les puissants, puis, oubliées, carrément, vu l’opulence et la gueule de bois, laissées là à l’usage d’un peuple qui se nomme d’ailleurs toujours ainsi : le « peuple ».

    Des largesses donc, à l’heure des délires transnationaux, des court-circuitages systématiques de l’état, celui-là même qu’on érige en barrière lorsque le processus démocratique se remet à vivre, et que des personnes généreuses d’histoire et de pensée proposent des systèmes économiques et politiques plus clairs, plus justes, plus transparents. Alors soudain on nous invente des peurs, des refus, des idéalismes, tandis que derrière, de mauvais marchands, de mauvais business men, ruinent un à un tous les possibles. C’est qu’ils ne sont même pas de bons capitalistes.

    Peut-être que ce mal possessif porte au-delà des intentions et usages qu’on lui prête dans la sphère macro-économique.

    Les gouvernements, pas uniquement celui d’En marche, assument cette forme candide de persuasion, qui ne se rattache à aucune forme de démonstration. Pourquoi ?

    Poussé par un journaliste dans ses retranchements, un président voudrait nous convaincre que la bonne santé des entreprises portera peut-être ses fruits. D’un point de vue médiatique, le geste est lié la question entrepreneuriale, au machisme à papa. Au socle des hiérarchies anciennes s’ajoute une notion de rapidité, de temps raccourci : « trop de choses à faire, trop de travail », mais en vérité, il est clair que la stratégie est : pourquoi faudrait-il répondre, alors que nous ne savons tout bonnement pas ce que nous faisons ? Celui ou celle qui vote est dépassé, renvoyé à ses propres simulations simplistes. D’emblée, ce qu’on propose au citoyen, c’est une voix et non une polyphonie. C’est la projection de sa propre figure simpliste, et non une palette de possibilités.

    *

    Dans les faits, que se passe-t-il ?

    De chaque côté de l’oligarchie, riches comme pauvres réfléchissent parfois à ce que serait ce fantôme du capitalisme originel s’il était remplacé. Lui qui a pourtant multiplié l’espérance de vie par quatre, presque éradiqué la pauvreté généralisée qui régnait, apporté plus de paix que de guerres… devant un successeur plus démocratique, plus collectif, plus mécaniste, même les plus libertaires, les plus cultivés, les plus subversifs, démontrent leur attachement aux contrats sociaux anciens et surtout, à l’autorité. C’est le garde-fou premier, la confiscation de l’autonomie des gens. Dans leur esprit, il est dit : Moi, je peux me contrôler, mais mon fils ou mon voisin, non. “Si j’étais président”. La représentation de soi en chef dévitalise d’emblée le démocratique. Dès qu’il s’agit de représenter les autres, de se représenter soi, représentant, il ne semble pas possible de faire confiance à autrui. L’infantilisation est permanente. Être responsable, ou véritablement libre, est une fiction. Pourtant, depuis quarante ans, c’est-à-dire après la reconstruction du territoire Europe, ni l’hystérie du plein emploi, ni la croissance, ni l’égalité, ne fonctionnent. Est-ce un défaut du rapport intime de l’individu, un amour de la subordination ? (et non de celui qui est en haut)? On peut une nouvelle fois se demander si les hiérarchies ne sont pas forcées, et si au-delà des rapports de force historiques il n’y a pas, installée dans nos logiciels biologiques et nos personnalités, une subordination naturelle qu’induisent nos systèmes de représentation (L’attribution des choses à soi par le langage, par exemple).

    Mon avis est que la force du nominal emporte tout avec elle : l’identité des choses, des personnes, des lieux.

    A chaque nom donné on prend la substance en échange.

    En définitive, ce n’est pas le chef qui nous représente, mais c’est lui qui est nous, dans notre cœur. Comme dans un rêve, nous sommes tous les personnages : la figure autoritaire, l’escroc, le jeune premier, l’omniscient, le sage, l’énervé.

    La peur de l’instabilité liée à notre inconfiance, peut durablement vibrer à chaque élection et agir contre tout candidat qui ne maquillerait pas complètement nos propres défauts et faiblesses, avec les clichés de la subordination que nous voudrions nous voir attribués. Là est le véritable contrat : maître rappelle moi que je suis ton servant et je m’élirais puissant. Servant, rappelle-moi que je suis ton maître, et je vous respecterais faiblement. De là à dire que c’est nous qui représentons le chef ; enfin… les énoncés didactiques sont ici soumis à un usage réservé. Simplement, ces forces sont clairement à l’œuvre lorsqu’un politique use d’expressions familières ou de gestes du peuple, histoire de rappeler inconsciemment qu’il se cache derrière le désir simpliste de puissance de ses citoyens.

    Voilà la nature du ruissellement, et il est évident que les politiques anticipent ce délire de la représentation. Il n’est pas enseigné, mais il est discuté. Après tout, les professeurs non plus ne sont pas entraînés à être dans une classe, devant des élèves. Les matières, le programme, oui, mais le théâtre…

    Là où il faut chercher, c’est dans l’adhésion à ces croyances politiques basées sur des ressorts intimes : tons de voix, prises de pouvoir du langage sur le corps, expression corporelle. La conviction ne se base pas sur le calcul économique logique (mais le fût-elle jamais ?), mais sur des intentions. Voilà le creuset des binarités politiques occidentales depuis que la religion a disparu : comment le chef ou l’exemple national entrepreneurial est constitué. Comment se voit-on en chef.

    Ceux qui n’ont rien, comme ceux qui ont tout, sont égaux devant le désir de puissance.

    Selon le modèle ancien, quelqu’un qui n’avait et n’était rien pouvait devenir soit maître, soit moine (une personne qui se doit de ne rien posséder). Le rapport est déséquilibré. Pour devenir maître, on peut s’en rapprocher : servant, commis, paysan, chevalier, marchand. On en rêvait mais on ne le devenait pas. Il fallait accumuler crédit, vertu, et possessions. De générations en générations, de mariages en coup bas, c’était toujours pour le type d’après ou l’enfant roi, lui aussi fait à notre image dionysiaque. Mais voyons, de l’autre côté de la balance sociale, entre ces deux rôles antiques, un superbe milieu, qui nous intéresse absolument et constitue la majorité : le peuple. C’est une force productive et un angle mort de la représentation. C’est une rêverie politique et spirituelle exploitable à l’infini ; mais en vérité, il n’existe toujours pas. Il n’est pas, et n’a jamais été, dans les petits papiers du désir.

    *

    Voici un exemple qui colle à l’actualité de la rentrée 2018 : Nicolas Hulot.

    Il s’est agi de la même inversion du processus politique de représentation. Depuis ses activités d’activiste sur la scène internationale, son élection au poste de ministre de l’écologie, jusqu’à sa récente démission en août 2018, on l’accusait d’être soumis aux lobbies, de choyer son image, d’être une coquille creuse de l’écologie cathodique, mais ces opinions imaginaires soulignaient surtout le manque d’infos qui règne dans ce genre d’affaire. Plus on est éloigné des actions réelles du représentant, plus l’homme est soumis à l’ire des personnes qui s’y projettent. Le commentateur résout par son intermédiaire la propre incohérence de ses actions (humaines, écologiques, à ce propos) (à travers le réseau médiatique hyper érotisant des intimités fantômes.
    En l’état, et s’agissant alors de la figure du chef, moins on en sait, et plus on s’y décharge. D’ailleurs, du moment où il démissionnât, il ne fut soudain plus l’objet d’attaques. Sans plus d’informations supplémentaires sur ses combats (les vrais, concrets, en coulisse, de l’écologiste), il remontait dans l’estime des plus arides des commentateurs. C’est qu’ils se trouvaient soudain dé-représentés. Entendez que, leur intimité n’était plus en lien direct avec l’autorité. Car c’est le rapport d’autorité qui autorise le transfert.

    D’un point de vue symbolique et graphique : le divan est inversé. Le chef s’y trouve couché, et ses torts ou qualités ruissellent dans l’esprit du sujet (sur son ego turgescent).
    Contestation, polémique, conflits, sont ici en lien direct avec l’intime. C’est une conscientisation nécessaire, comme de cesser d’attendre qu’on nous force, par des mesures restrictives, à être écologique, au lieu de ne plus acheter spontanément de plastique, de désherbant. Ce n’est pas à l’Etat de faire cela. C’est au citoyen. Mais la connexion spirituelle se révèle par ses contradictions.
    *

    J’étais hier sidéré qu’un galeriste maltais m’annonce que ma nationalité française puisse apporter un plus à mon travail artistique. Ça m’a mis la puce à l’oreille. De quelle sorte de « plus » jouissais-je en tant que Français ? Qu’est-ce qui ruisselait ? Dans le train pour Barcelone, un esprit libre, sac à dos et musiques, envies de plage et de rencontres, répondait à la question d’une amie anglaise à propos de l’exception culturelle française. Parmi tous les combats qu’il ait pu mener contre le grand capital visible à toutes les vitrines, il n’était plus très sûr du caractère exceptionnel de son pays d’origine. Sa réponse fut étonnante : on a la gastronomie, la mode, airbus, le tgv, et le luxe. Une autre fois, une amie suédoise estimait enfin envisageable d’investir ici, une sorte de bon moment qui s’était fait attendre. Lorsque je lui demandais pourquoi elle le sentait si évident, ce moment. Une intuition, me dit-elle.

    Fort de nombreuses autres observations en ce sens, ma conviction est que ce qui ruisselle, ce n’est pas un peu d’argent échappé des plomberies élyséennes de manu les bons tuyaux, mais plutôt du désir de jouir d’une réputation. Elle permet même de re-distiller l’injustice. Celle-ci est une réalité ancienne impérialiste, et donc, ultra violente. On ferme les yeux sur les exactions des dirigeants et des armées, comme sur les récentes colonisations : on ferme les yeux sur soi. C’est un sentiment fort que de se sentir rassuré, en sécurité, avec plus qu’il n’en faut, ou d’appartenir à ce maître, à cette famille. C’est ce fantasme du pouvoir par l’argent qui ruisselle.
    Ce que les pauvres ressentent, les artistes et les prophètes tentent au contraire de l’estomper. Les sentiments partagés de la gagne, du succès ou du déshonneur, apanage du looser, notions aujourd’hui portées aux nues par la culture américaine, sont exacerbés dans le rapport individuel. Des individus continuent de se dresser contre d’autres individus-, certes mis sur le même pied d’égalité devant l’adversité métaphysique (comment je subviens à mes besoins), mais aussi sur le même constat d’ignorance. Il n’y a plus de rois, plus de maîtres, plus de chevaliers, plus de moines. Il n’y a que toi devant l’absolu et ton corps qui souffre et qui a faim. As-tu mérité ta parcelle ? ta place dans le nouveau monde ? T’es-tu battu ? As-tu du sang sur les mains (le tien ou celui des autres) ? C’est cette culture qui perdure aujourd’hui.

    L’optimisation fiscale des grands groupes, l’automatisation des tâches, la fin de l’emploi comme pilier de la redistribution sont des réalités modernes. Il n’y a toujours pas d’alternatives politiques adéquates. On reste dans l’idéologie, dans le binaire, dans le personnel, sinon, dans la personnalité. Pire, qu’un avantage financier pour le public découle de ces approximations, relève d’une rupture radicale avec le contrat républicain. Dans un sens, le ruissellement est hors la loi.

    Il s’agit alors de réfléchir à ce qui empêche les gens de bondir de colère.

    Et on l’a déjà dit : d’abord, tout le monde veut être roi.

    Les forces symboliques emportent tout sur leur passage. Même si vous n’aimez pas le foot, en tant qu’expatrié français, une victoire des bleus est synonyme de respectabilité dans les cercles d’amis ou au travail. C’est une fréquence subliminale quasi génétique qui se décèle dans les regards admiratifs. Ce sont des jambes, des tactiques, des postures secrètement évoquées ; c’est un jeu de guerre (l’idée des conflits anciens est toujours présente). On apprécie d’autant plus les capacités familiales et bourgeoises d’un clan qui aura su imposer une aptitude à commander, à négocier, à se frayer une place dans un monde codé d’hommes et de femmes de réseaux qu’on respecte au-delà des mers. On saluera une capacité à communiquer ou au contraire, à faire tourner court la discussion, à aller droit au but. Ces facultés, planent au-dessus de tout ce qui habite les dominants, les dominés, c’est même ce qui les relie. C’est ce qui fera aimer le maître, le parrain, la mère ou le père, et ce sentiment est toujours là, que la république n’a pas effacé. D’ailleurs, elle est « en marche », c’est-à-dire qu’elle se dérobe, qu’elle n’est pas là où elle aurait dû exercer sa pensée égalitaire et sa capacité d’éveil.

    Même des notions comme « le sens de l’état » aveuglent autant qu’elles transgressent les valeurs fondamentales.

    Ce qui ruisselle, c’est cette réputation. Elle nous coule dessus et nous habille de gloire. C’est avec ça que la plupart des gens votent. Les Françaises et les Français se sont dit, sans vraiment réfléchir plus loin, que Macron serait plus efficace sur la scène capitaliste internationale. Qu’elles soient alternatives ou endimanchées, la qualité du dirigeant dans un duel imaginaire, le duel que chacun s’imagine pour lui-même, rejaillit sur ses ressortissants. Ça a toujours été comme ça. C’est un réflexe de la servitude volontaire. C’est vieux ; c’est courant. Quelque chose plane dans l’air : l’aura du représentant. C’est ici, et là. Ce chef archaïque, est partout en nous. Il n’est pas à confondre avec la subordination au travail, mais plutôt, avec une idée brutale de l’autorité divine. Dans cette optique, un jugement, même absurde, faisait loi.

    Il nous arrive de réagir positivement lorsque notre ami accède à une situation. Il a pu mal agir, se tromper, mais il revient un matin habillé de neuf et montre sa vertu, sinon son humilité. Sa réputation est rehaussée d’un cran et demi supplémentaire. C’est l’ascenseur ! L’ascenseur social. Le pouvoir aux plis fin, à la surface nette, au tissu délicat. Même le plus endurci des contestataires se sent mieux loti en voyant son ami plus présentable. C’est l’impression positive de ce ruissellement.

    L’apparence reste quand même le premier moteur de la séduction. La nature prend des décisions à l’emporte-pièce puisqu’elle n’a pas la liberté dont nous parlons. La fleur, l’abeille, l’animal, n’ont pas d’alternatives. L’effort donné à paraître belle, beau, à tromper son monde, est une règle fondamentale. Le droit tente de démystifier cela. La démocratie, ce n’est pas la jungle, c’est le contraire, mais cet antagonisme avec la nature n’est pas inscrit dans la constitution. On y parle d’égalité. C’est déjà fort. Mais l’est-ce assez ? Chez les oiseaux la danse annonce le gène manquant à la femelle. Chez l’homme, la voix (sa résonance, son timbre) donne des indications très probantes, instinctives. Parfois il n’y a rien d’autre. Tout passe par elle et par le geste. Ces détails qui n’en sont pas signifient plus qu’ils ne disent. Là aussi les gènes s’imbriquent. Et ici pas de république. L’habit impressionne les familles, les amis, les personnes qui ne vous connaissent pas, les employeurs. Même celui qui maudit l’habit se fait prendre à son jeu. Qui de t-shirt en sandales, de chansons en colères, de jeûnes en résignations. La première chemise blanche qui passe et c’est plié : c’est du combiné, du respectable. C’est ce qui provoque la moue admirative. Chez la femme et l’homme, le règne est animal. Le désir, infini.

    Il est notoire de constater que le peuple n’est pas prêt à sortir de ses schémas. Au diable les âmes vagabondes ! La servitude, c’est la foi en un futur à portée de main. Le travail est toujours la valeur sacrée ; c’est ce qui mène bientôt notre société à l’effondrement. Perte de temps et d’énergie notoire, tâches inutiles, redistribution archaïque, c’est pourtant toujours un objet de domination comme de libération. C’est une garantie métaphysique. C’est un concept qui a la vie dure (tant à gauche qu’à droite). On ne relève que peu les réductions des libertés : on aime être dévoué (à quelqu’un, à quelque chose). Et d’un point de vue des grandes causes ou de l’Etat, on aime cette notion noble, électrisante, de sacrifice. On l’aime même dans l’art, car on travaille pour la postérité. C’est un désir de pouvoir. Un geste éperdu.

    La république a mis longtemps à déconstruire les dominations séculaires, à effacer la société des brutes, mais en ce moment, on accepte encore cette parole politique. Etrange. Les français revoteront encore pour une image d’un soi-même en train de dominer. On préfère ces choses simplistes aux recherches mécanistes, aux politiques non idéologiques. Que ferait-on sans nos chers conflits intimes, sans nos dénonciations grandiloquentes, sans nos grandes déclarations ? Le militant est un prince aux pieds d’argile.

    Aujourd’hui, Trump, Poutine, Macron, appliquent la logique de la bonne impression et du maintien de l’ordre. Leur profession première, la santé commerciale forcée, achetée, artificielle, nous fait croire qu’ils luttent contre un danger absolu : l’instabilité d’un autre système. Mais en vérité, il n’y a pas de danger. Ils profitent de la stratégie intime des gens qui votent pour eux : la figure paternaliste. Instinctivement, ils parient que l’intention fera capituler avec perte et profit tout phénomène de transition. Il s’agit d’exploiter la peur de se perdre soi face à un autrui multiple, changeant, varié, qui nous ferait sentir précaire. Il s’agit de maintenir tout le monde dans des tâches et des rôles bien définis, et cela va nous entraîner à la catastrophe.

    La route ainsi pavée de violence à l’ancienne provoque des réactions dont on connait la source : au-delà de l’effet de surprise, la figure et son miroir sont respectés. Ça fait plaisir à beau-papa, à belle-maman. Tout le monde en profite. Les citoyens, avec les démissions et les soumissions qui les caractérisent, et quelques ultra riches, âmes perdues à jamais dans l’idiotie de leur vie sur le fil. Ils préféreraient tout perdre. On pense parfois à la différence entre Trump et Clinton, entre la rupture populiste du premier et l’oligarchie de la seconde… Mais aucun des deux n’est une aubaine pour les Américains.

    *

    Il est là, ce ruissellement. Non dans la réalité économique, prête à s’effondrer une nouvelle fois, mais dans le fait que de nos habitudes intimes sont encore utilisables contre nous.

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    Brieuc Le Meur.
    Août 2018

    Article originellement paru dans la revue “Diakritic”

    https://diacritik.com/2018/10/12/la-theorie-du-ruissellement-comment-vont-nos-societes-nos-systemes-de-representation

  18. Jean-Clet Martin dit :

    La collection militante de tous les slogans du jour, la mobilisation devant le moindre mot d’ordre qui envahit notre morale se fait en référence à des Causes d’une extrême rigidité et témoigne d’une volonté pernicieuse de capitaliser les bonnes intentions en usant des ressources de la mauvaise conscience. Le tyran ne s’y prendrait pas autrement, sans aucun véritable débat public d’ailleurs. Parler au nom de valeurs hautement humanistes en rêvant aux pleins pouvoirs du bon mot, du mot frappant, voilà qui nous prête une fonction ‘régulatrice’ dont on rêve de jouir pleinement. Alors le moindre cliché passe pour juste mesure de la ‘Règle’ et chacun clique le hashtag du moment selon le principe d’une ‘exécution’ capitale. Tout, dirait-on, dépend enfin de la bonne intention de celui qui, se prenant pour le ‘Droit’, jure pour un monde meilleur en usant de sa signature de manière coercitive au moment même de revendiquer la liberté comme Cause ultime. C’est grave quand des philosophes se prêtent au jeu…

  19. Jean-Clet Martin dit :

    Ne plus contribuer aux non-événements qui se multiplient sans raison en épousant chaque Cause qui se dit liberté d’informer et rage de dénoncer. Ne plus partager les mauvais sentiments qui se déguisent sous le masque des plus nobles, les mauvais intestins, tous les relents de l’estomac digérant les nourritures apocalyptiques. L’esprit de vengeance, le nihilisme accompli que Nietzsche déjà pressentait enflent sur les formes de l’indignation prêtes à anéantir la naissance de la pensée dans la pensée avilie. Rien de réel ne soutient toutes ces invectives qui envahissent les réseaux de communication pour rendre la haine plus acerbe et le fascisme probable, non seulement pour le Brésil aujourd’hui mais pour nous, ici, bientôt.

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