Philosophie des sciences

Linguistique, psychologie, philosophie, phénoménologie, cosmologie, art, biologie, ingénieure.

  1. f4 F4 dit :

    Articles critiques et extraits d’essais d’auteurs du collectif f4.

  2. blm, pulsions / #meetoo dit :

    Les hommes ont peur du regard des autres hommes.

    Il s’agit alors, dans leurs gestes envers les femmes qu’ils ne connaissent pas, d’une prédation mimétique faite de jeux de domination de soi en vertu d’un traumatisme avec un parent ou avec d’autres garçons. Il s’installe très tôt dans le programme interne.

    Hors du fait pulsionnel, la virilité cache bien d’autre choses que la force ou l’hétérosexualité. Elle cache l’image de l’homme à l’homme en présence d’une proie. Et la compétition qui se crée, le jeu rituel d’une permissivité, qui fait remonter un manque de confiance en soi, trahit également une obsession pour d’autres hommes, une homo-bestialité. C’est lui-même qu’il faut punir, dépasser. Son modèle sexuel passe par une imitation. Il se voit en l’autre et voudrait que l’autre se voit en soi, et la femme devient un fait du symptôme, une donnée après rituel.
    Il est submergé par l’angoisse, submergé par son angoisse, son trop plein hormonal, ce robinet laissé ouvert.

    Dans une entreprise ou une institution, l’homme obsédé, l’homme pulsionnel, agit contre la femme mais il agit contre, envers, ou avec d’autres hommes ; il domine une image. Chaque assaut alimente une hystérie, une partie macabre et abîmée de la représentation de soi dans un monde d’homme dont la place fut donnée à la punition, et l’espace laissé vacant à la pulsion. Cet espace vacant, ce cratère me^me, ce champ de mine, est remplit par une chimie du cerveau jamais régulée par la confrontation normale au réel.
    Il détient un modèle violent : casser le réel, s’inonder soi-même.

    Le refus de la victime ouvre encore la brèche et la pulsion. Il reproduit, voudrait se submerger. Il imagine que la victime a besoin de cette matérialité du refus et est stimulé par la force, lui même est stimulé par sa représentation de sa peur, l’interdit. Il revit son trauma. Il s’excite avec la logique de la casse, du bris, mais je fait qu’abîmer et ouvrir encore les brèches en lui.

    Dites lui alors “je suis pas ton père!” , ou : ” je ne suis pas ta mère ! “, très calme, ou en hurlant de colère, je ne sais pas.

  3. Initial BP dit :

    #moiaussi
    #mamèreaussi
    #mesgrandmères
    #feuesmesarrièregrandmères
    #chacunedemesamies
    #chacunedemesconnaissancesféminines

    à Paris en province à l’étranger dans la rue dans le métro à la supérette au cinéma dans des conférences des expositions à la fac à l’aire de jeux d’enfants (…) c’est potentiellement partout et tout le temps, quel·le·s que soient l’âge l’origine le niveau socio-professionnel, la tenue portée, et c’est très fatigant d’être toujours sur ses gardes alors ✊

  4. https://www.arte.tv/fr/videos/069096-000-A/demain-tous-cretins/

    l’iode… En fait, il faut ramener de l air ,marin chez soi. Félicitations à ces scientifiques, en espérant, qu’ils aient tous le “vent en poupe” pour faire éclater les vérités, et les mensonges qu’ils se tuent à combattre. Intéressant, et assez court…

    J’ ai pensé à ce poisson, au cours du reportage…. le “combattant”, si paisible, mais qui se bat…..

  5. Brieuc Le Meur - le tout venant et l'élégance dit :

    L’écrivain et sémiologue Roland Barthes (1915-1980), a dit un jour :
    «la politesse est plus généreuse que la franchise, car elle signifie qu’on croit à l’intelligence de l’autre».

    Je m’interroge : Pourquoi réhabiliter les “sans éducation”, le “tout venant”, et en même temps fustiger la vulgarité ?

    – Christophe Gerbaud. Cher Brieuc Le Meur. la chose est plus subtile que cela – on peut être pauvre et aristocrate dans le même temps cf : Dans notre dossier Orwell, cet anarchiste conservateur, nous avons longuement présenté les essais du philosophe Jean-Claude Michéa. Celui-ci vient de publier un nouveau livre aux éditions Flammarion : La double pensée, sous-titré Retour sur la question libérale.
    Pour Michéa, l’actualité récente — la crise financière et économique — oblige à repenser le libéralisme, cette forme moderne du capitalisme. Mais la crise tout aussi évidente de la gauche [3], nécessite un effort plus grand encore : repenser ce que pourrait être une alternative socialiste (pas du tout contradictoire avec l’anarchisme).
    Si cette perspective a un sens il est bon de revenir sur ce que Jean-Claude Michéa, à la suite de George Orwell, appelle « la morale commune » ou la « common decency ». http://www.pileface.com/sollers/spip.php?article753

    – Blm : Certes, mais alors, entre un anarchiste de droite, et un anarchiste de gauche, il me semble que les deux savourent leur amour du conflit et de la complication. Du reste j’entend bien la nécessité de dépasser les tropismes habituels. Pour en revenir à la politesse et à la vulgarité, à la critique vaine du beauf ou de l’extrémiste, elle mérite un développement plus affirmé, qui se départirait à la fois de l’émotion, comme de l’hypothèse ambidextre, mutante, de l’opinion. La politesse et l’élégance peuvent tout à fait être entendues comme des leviers de domination. Il n’est pas simplement vain de vouloir moraliser un extrémiste ou une personne butée, il est tout aussi vain de se raccrocher à une éduction, à des valeurs morales, toutes progressistes soient-elles et d’estimer qu’elles suffiront à dépasser le problème. Car ces valeurs morales, ces lois sociales, intelligentes certes, peuvent être une véritable agression, en terrain moderne (sociétés de plus en plus inégalitaires). C’est là où je vois un contre sens.

  6. blm vs Barthes dit :

    Roland Barthes, cette guimauve sur le gâteau d’anniversaire… On y fête la simplicité des messages ronds, le français d’estime et l’entière, la puissante… didactique sans grande ouverture (du rideau). Vérités des derniers animaux en complet veston, les coulisses maintenant, c’est l’antimatière de nos sombres abysses, la tête à l’envers, et il ne restera rien, rien de ce flux humain ni de ce ronronnement parisien ‘entretenu’. La routine oui, comme il dit. La routine… Mais non, maintenant, on ouvre le rideau, non plus sur la scène, mais sur les choses que l’an deux mille a offert de façon froide et désentimentarisée.

  7. Alice Popieul dit :

    Reprendre contact avec l’immémoriel alors que tout dans cette société semble tirer son mérite de la simple qualité de la nouveauté. Toute connerie, pourvu qu’elle soit neuve (ou pseudo-neuve), devient le centre de tous les soins. L’innovation comme étalon, sans aucun autre critère de respect. AH si, quand même : la valeur marchande qui s’attire toujours un respect immense. Bref.
    Détruire, sans avoir la moindre idée de ce qui jaillira des ruines fumantes et parsemées de sang que notre excitation pour l’illusion aura foutu par terre. Nous sommes fascinés par le récit de notre propre grandeur. Nous sommes si certains de nos connaissances et de notre mode de vie que nous l’imposons à la Terre entière le coeur content, avec des bombes s’il le faut. Il parait que notre civilisation a atteint une sorte d’acme dans l’histoire humaine. C’est ce qu’ils disent à la télé, des gens très sérieux. Nous valons mieux que les autres peuples, les autres civilisations. Non, nous ne dirions jamais ça, car ce ne serait pas correct de tenir des propos blessants : mais rien n’empêche de le penser ni de démontrer ce mépris constant dans nos actes. On les aime bien, les peuples qui ne sont pas assujettis à l’argent, mais leurs croyances, leurs valeurs, sont risibles n’est ce pas ? Des enfants supersticieux, nous disent peu ou prou les ethnologues. Avec toute l’arrogance de celui qui est né de la dernière pluie, nous voulons changer “les choses” et que chacun se plie à notre lubie passagère. Avec toute la bêtise colérique de l’esclave qui après une vie d’obséquiosité, dans un sursaut qu’il croit émaner de lui-même, pense trouver sa gloire en imitant le maître par la destruction. Quelle misère.

  8. auddie dit :

    Le rêve n’est ni l’éveil, ni le sommeil.

    C’est le rêve.

    C’est le troisième monde de l’homme

  9. Lise d'O - le réel dit :

    Le réel est un paysage dessiné par l’imaginaire. Il a des relents d’audace, il est une lumière sur l’esprit qui voit le monde. Le réel est impropre à l’homme, il ne lui ressemble pas. Ni en point, ni en liens, ni en nuances, le réel est un espace de rien, qui s’étend sur tout, comme l’univers au paroxysme d’un nous inconséquent, ce nous qui n’est jamais le même et s’apprend à tous les temps. Le réel est le poids de l’eau grammé sur le monde ou de mon coeur qui palpite et tente d’apaiser les flots de mon être noyée en verre d’eau.

    Le réel a des allures de perfection, perfectible, innomable et insondable, le réel est arbitraire, car il induit tout le monde, et ne convoque personne. Le réel est le magma d’ un volcan en effusions sans sentiments. Le réel est un comment sans chemin d’âme, une illusion de l’ essence, un hors-champ. Une phote synaptique en noir et blanc, un univers sémantique en nuage, une complexité émotionnelle bloqué dans un nuage, un frère sans place. Sans espace, sans phrasé, sans mots, silencieux et absent. Là sans l’être, là sans mots, il ferait de la musique, il zapperait son do…

    Le monde réel n’est pas l’ espace car il ne peut s’emplir, ni se nourrit, il est un puits sans fond, un puits itarrissables, comme les loges que l’on croise, avant le spectacle du monde et de la vie qui nous toise… On n’est qu’une parcelle de vie panoramique, on parasismique, on se pose et on recommence, on valse, et son se donne, à flots dans les mopts on rame, pour avoir du monde la coupole, et non point la tête coupée…. De n’avoir osé dire… Ce que les mots n’osent.

  10. auddie dit :

    la zone internet :

    alors voilà, on dissèque chaque personne un peu sous le feu des projecteurs, chaque personne assez courageuse pour se taper cette dissection dégueulasse, sans qu’aucune ni aucun commentateur ne se demande combien de minutes ça prendrait pour que leur intégrité, à eux, ne se diffracte sous le même effet dévastateur, miroir, où les défauts des uns sont projetés dans la figure médiatique des autres.

    on parle bien de -minutes-, sinon de secondes.

  11. Travers de la contemporanéité. Par Brieuc Le Meur. dit :

    Travers de la contemporanéité

    Par Brieuc Le Meur.

    Analyse des conflits de pensée et des parallèles dans : l’art, le féminisme, l’antiracisme, la communication politique, l’écologie décliniste.
    Ces conflits français sont de source claire : les transfuges qui les entretiennent sont des rois prisonniers. Sont à l’œuvre des rôles altérés, des paysages renversés.
    Au travers de ces luttes, souvent temporaires (un moment militant), on s’assure de diffuser en soi les réponses chimiques adéquates et d’entretenir une impression d’exclusion, un sentiment blessé.

    Note d’intention :
    L’idée de ce texte est de démontrer ces parallèles -il y en aurait beaucoup d’autres- en forçant de façon abstraite l’unité de ces observations. Il s’agit de mettre en lumière la façon que l’on a de perdre de vue un objectif initial comme les mesures concrètes pour améliorer un problème. Il s’agit de mettre en lumière la façon qu’on a d’occulter de véritables solutions.

    Entretenir ou générer un conflit intellectuel équivaut à nier toute entreprise alternative (pro active et non analytique), en ralentissant l’avancement de ladite cause, le but étant bien-sûr de garder le contrôle sur une injustice sous-jacente, sur une gêne, sur une attache émotionnelle qu’il convient de continuer. Il s’agit de protéger sa position de victime, de retrouver le moment de la révolte, mais aussi, un effet de puissance et de coercition de la langue (qui a initialement blessé).

    *

    Dans l’art :

    Il semble que lorsqu’un galeriste d’art contemporain visionne le travail d’un photographe classique (un artiste qui n’est pas auteur et qui ne met pas son propos en scène), sa patience est mise à l’épreuve. Il a vu une chose terrible : figurative. Il a vu une esthétique de la beauté non altérée.

    Ce qu’il recherche, c’est une structure codée du monde, une abstraction des idées elles-mêmes, un avortement des sentiments, et non une abstraction de la figure ou sa reproduction. Il a besoin de cette javellisation des dualités, du mouvement, de la beauté.

    On en appelle désormais à de vraies dispositions psychiques, à un « code », à un dogme. L’abstraction a fini par court-circuiter les sentiments et verbaliser le pictural. Cela peut être une représentation de la représentation par exemple, ou un objet qui se représente lui-même, un contre-emploi du statut même des choses. Ce sont finalement là ces seules conditions de sa qualité, de sa qualification d’art, et non d’exacte surface 2D, de film plastique, de bio film, de tout ou partie du réel.

    C’est la didactique qui intéresse, la requalification multidimensionnelle et cérébrale d’un fait en un autre fait avec ses règles propres. Oh les anciennes peuvent converger ; et elles convergent : la morale, l’esthétique, le sentimental, le sacré, la nostalgie, le folklore des métiers, de la société, des usages, la honte, le déni. L’ensemble est toujours basé sur les mêmes règles émotionnelles, quoi qu’il arrive. Mais alors de quoi parlons-nous ? Elles sont interverties, transmutées, reprogrammées. Elles sont asséchées.

    A vrai dire on pourrait avoir usage de chaque œuvre d’art contemporain conceptuelle, comme avec autant de sachets de nourriture lyophilisée. Passez-les à l’eau brûlante, elles redeviennent souvenirs, opinions, sentiments, émotions, vie. Mais que cette installation puisse retrouver le monde réel et émotionnel importe peu. L’excitation spirituelle commence par le dessert. Elle se targue de manger avec ses lacets, d’attacher ses chaussures avec des fourchettes, des couteaux, de voir les fenêtres d’une maison installées dehors, et les arbres du jardin, dedans. On diffuse un sentiment de puissance, la toute-puissance de l’esprit qui l’a refoulé ou de celui qui s’en rappelle, fier d’avoir une distance avec les règles basses de la représentation (et donc, de la production).

    C’est donc une révolte, mais aussi, une gymnastique architecturale de la langue et de la pensée. Plutôt que de se montrer alourdit face à une cause obsessionnelle du quotidien, c’est tout le réel qui est retourné, dévitalisé. On parle souvent de décontextualisation, mais plutôt que de se mettre la tête à l’envers pour mieux voir ou pénétrer la modernité, critiquer ou renouveler les systèmes de représentation qui en découlent, on renverse le monde, on crypte encore plus la langue, on dévitalise le monde pour mieux SE dévitaliser. C’est un conflit avec soi-même qui se prolonge, et c’est la folie de la perception qu’il faut reproduire. C’est la psychose qu’il faut retrouver dans la dénaturation des choses.

    C’est l’art conceptuel, l’art contemporain, l’art des galeries d’art. Il n’y a pas ici de jugement qualitatif. C’est l’élusif, le « code » qui est analysé, la posture mentale (sans laquelle plus rien n’a de goût, comme avec ce galeriste pris en exemple).

    *

    Dans le féminisme :

    Il semble que lorsqu’un féministe essaie de prolonger la fréquence de sa vie et ses convictions égalitaires, il doive se butter à des réalités militantes qui se sont spécialisées.

    Selon lui, et de par son éducation progressiste : n’être pas un salaud, espérer que les femmes obtiennent les mêmes droits que les hommes en matière de salaire et d’activité, qu’elles soient protégées au quotidien… selon lui ces concepts sont des acquis. Il n’a pas eu à les défendre. Il ne croit pas les affirmer. Il est né dans cette parité. Il sait qu’être un homme courageux, c’est pouvoir n’être pas soumis à des rôles d’homme. C’est de ne pas avoir peur du regard des autres. C’est pouvoir être féminin, sensible, ou seulement original, en se réinventant tout le temps, insaisissable. A chaque seconde de sa vie, il respire et prolonge ce féminisme qui le dépasse d’une tête, qui est né avant lui.

    Pourtant aujourd’hui, deux camps s’affrontent : celui d’un féminisme intellectuel, didactique et queer, situé dans une urgence pratique, dans un combat politique et médiatique fragile, et celui d’un féminisme scientifique, empirique, naturaliste, qui observe les changements et les minimise, puisque vus par le prisme de l’anthropologie. Ce dernier (féminisme) peut récuser les revendications sociales, individuelles, arguant que des milliards d’années d’évolution ne peuvent être niées en seulement quatre décennies.

    Ainsi, un féminisme juridique s’oppose à un féminisme biologique. Le premier dit non à la lourdeur des procédures pour défendre les victimes de violence, il dit non aux « oui mais ». Ce féminisme est un féminisme de défense et d’attaque. Il ne tolère aucun report ou ralentissement du progrès, quoi que cela puisse induire dans le paradigme humain. Peu importe la fragilisation temporaire de la notion de virilité.

    Le second est qualifié de provocant, de rétrograde. Ce féminisme biologique entend conserver un leadership de circonstance au quotidien, avec des rôles définis et codés, avec l’argument de la séduction, du rapport de force séculaire qui donne la part belle aux femmes, au jeu du mépris, du tango, de la danse : le jeu que l’on sait. Il revendique un territoire distribué naturellement comme un territoire du corps désiré.

    De l’autre côté le féminisme juridique et queer remet tout en question et revendique un territoire de la pensée. L’égalité est une urgence ni sentimentale, ni folklorique. On ne la reporte pas.

    Face à la simplicité de celui qui veut simplement que les hommes ne soient pas des salauds, on inclut un conflit entre victimes et non la cause qu’ils défendent. On se focalise sur autre chose. Sur un hors-sujet. C’est autre chose qui pousse. Un désir de puissance, par mésusage de la langue qui opère sans cesse des retours sur elle-même, comme dans l’art. Et c’est aussi une étrange hyper spécialisation, une complication, un renforcement d’un mur inutile qui pose les conditions d’une guerre de tranchée. Absconses, contre-productives, les théories se complexifient. Plus personne n’est intéressé par ce qui se révèle n’être qu’un tracé de tranchées, tracé qui fait oublier le but même de la guerre.
    Linguistique psychotique pétrie de fantasmes en hors champ, ces conflits fratricides propulsent les militant e s de la cause, hors de la cause elle-même ; Chaque partie de la lutte est mise en mono culture forcée et ne se relie plus au monde, en tout cas pas dans le débat intellectuel ni dans l’élaboration de stratégies concrètes de coercition des hommes.

    Chez les hommes, deux parties sont soi-disant « opposées » : un macho rétrograde contre un féministe doux. Ce dernier est pourtant prêt à défendre les femmes sur le terrain masculin. Il est le seul qui agit pour un renouveau de la société. Il reste stéréo, multiple, paradoxal : il accepte sa temporalité lente. Mais i lest peu défendu par les femmes militantes, qui parfois, lui préfèrent le premier. On lui préfère l’identité fixe et forte, séculaire, qui à inventer encore ses acteurs et ses démons.

    *

    Dans l’anti racisme :

    Le militant anti raciste spécialisé a autant de paradoxes à démêler, et plus il en a, plus son acuité à s’habituer à chaque espace de la cause qu’il défend l’écarte de la cause elle-même. On le voit lorsqu’il finit par diverger, par prendre des chemins de traverse, comme pour s’alléger. Il crypte d’autant plus sa pensée qu’il réinvente même l’ennemi, à défaut de se réinventer lui-même.

    Il le voit dans ses rangs. Il a besoin de cet ennemi. Il n’acceptera pas que celui-ci disparaisse, car le romantisme œdipien (de son engagement) s’en trouverait réduit. Il veut papa ou maman dans le même camp que lui. Il vit une relation sacrée. C’est une gymnastique de la langue et de la pensée : plutôt que de se montrer altéré face à une cause obsessionnelle du quotidien, plutôt que de montrer une indignation simple et n’en faire qu’une observation, c’est tout le réel et son usage (et non son contexte) qui est retourné. Plutôt que de se mettre la tête à l’envers, on renverse le monde (comme dans l’art).

    Ici, au sein du groupe, du parti ou de la cause, la relation œdipienne est isolée, puis magnifiée, entretenue secrète, et c’est comme une famille recomposée. C’est un on objet d’amour et de reconnaissance. Alors, au sein de la cause antiraciste ou antifasciste (mais c’est le cas pour de nombreux domaines, par exemple, prenons celui des végans qui attaquent des boucheries) c’est un camp plus concret, plus à même de réaliser des compromis ou de remonter à la source du problème sur des terrains différents (et moins sexy qui devient l’ennemi.

    Même force œdipienne, mais inversée. Dans la famille des mots et des idées, la fratrie se déchire. Le langage potentialise les effets et prolonge d’autant la reproduction des hiérarchies. Les mots proférés, écrits, pensés, augmentent les réactions chimiques. Dans la lutte : deux groupes fratricides. Dans l’individu (ou le militant) : deux notions ambivalentes. Les deux sont actives. Racisme et anti racisme. Pulsion et refoulé.

    • Note de l’auteur :
    Notez qu’ici, la réflexion s’inspire d’un constat abstrait, issu de l’usage phénoménologique du langage. Il ne s’agit pas de faire mentir les convictions profondes des militants des causes anti racistes ou des causes animales. On peut simplement douter de leur rayonnement effectif, et donc, penser leur rayonnement intérieur, dans l’individu, puis l’analyser.

    Si l’art contemporain est apparu après le surréalisme qui essayait de respecter le continuum du subconscient et du flux indéterminé de la vie, ce fut pour créer un contraire de la forme artistique, mais aussi pour louer le classicisme (vu comme un acquis de conscience, mais que l’on appréciera crypté). C’est la gêne de la beauté et de l’émotion qu’il faut transfigurer en humour, en désordre des choses, en concept nominal brisé, en contexte imaginaire. Les statuts sont changés. Il n’y a plus d’usage même aux personnes, à personne. C’est l’homosexualité refoulée de l’artiste qui se matérialise (refus de la mère, de l’amour). L’art se possède lui-même dans la contemporanéité (comme le capital se possède lui-même dans l’abus de capitalisme oligarchique, ou l’armurier possède la guerre, soudain cryptée, commutée en connaissance, en théâtre).

    Le racisme de l’anti raciste, le machisme de la féministe, le classicisme du galeriste contemporain. La saleté, le mépris de l’écologiste. L’extrémisme de celui qui prône un consensuel milieu. Le hurlement du silencieux. Le silence d’opinion de celui qui crie. Tous sont des exemples paradoxaux d’êtres définis par le conflit. Des actions concrètes, inventives, non binaires, qui œuvreraient concrètement pour la cause qu’ils défendent, impliqueraient un relationnel apaisé, une stratégie de la sérénité annulerait la sensation de dépit, de colère
    Nous sommes là dans un univers mental de contraires révélés, révélés d’autant plus qu’ils explosent au grand jour, au regard de tous.

    De façon pulsionnelle, ceux-là sont leurs extrêmes ambivalents, extrêmes qui se tordent en secret dans le cœur des hommes, dans les « milieux », dans la masse. Nous affirmons ici que les extrêmes sont les forces actives, les précipités, et souvent, le véritable axe de décision (thème défendu dans un essai non paru achevé récemment : « la théorie des plusieurs », de Brieuc Le Meur)

    *

    Dans la communication :

    Médiapart titre, au mois d’avril 2018 :
    « La plume cachée de la ministre des transports se mue le soir en détracteur zélé ».
    Et l’article débute par :
    « Depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir, certains poussent très loin le concept du « en même temps ». Pendant quelques mois et pour près de 25 000 euros, Mathieu Souquière conseille la ministre des transports, Élisabeth Borne, dans sa « gestion de crise » sur la SNCF. Parallèlement, il est invité comme spécialiste de la communication sur des plateaux télévisés, où il critique vertement… la communication du gouvernement. »

    On constate ici l’effet inverse des réalisations didactiques contemporaines et des conflits et débats fratricides.
    Il ne s’agit plus de rester désemparé qu’une injustice se résolve sans eux, non. Fait nouveau, ils préfèrent tenir les deux extrémités et les défendre tant l’une que l’autre. Ils n’accepteraient pas de voir disparaître la cicatrice intérieure.
    Ici, la duplicité permet de résoudre un problème en l’amplifiant, en l’atomisant. Elle révèle, à travers l’absolution des ambivalences, que la même variable peut agir sous d’autres atours. C’est pourtant bien le même pendule qui oscille selon des degrés et des directions diverses. Si celui-ci n’est, en l’occurrence, pas caractérisé par le conflit de façon directe, il a même dépassé le paradigme en le déposant sur la table. Il l’a objectivé comme un outil.

    Il ne pousse plus aux fesses de l’enfant roi, acteur de ses propres perceptions. Il ne s’agit plus non plus de retrouver une position d’injustice familiale, personnelle, métaphysique, de jouer la précarité sentimentale ou l’inconfort, de la ségrégation même (dans ce théâtre la famille ou le groupe a fixé des règles illisibles qu’il a fallu crypter pour se garder de les bien comprendre). Non, celui-là est défini par la légèreté ou pire, par la mythomanie. L’opportunisme. La lâcheté.

    C’est une cause plutôt bien balisée dans nos sociétés : Cette duplicité jouxte celle ou celui qui se définit par la colère et l’indignation, puisque qu’avec deux extrêmes à manier, la cause en question est toujours aussi nulle, et le terrain émotionnel toujours aussi actif. Le second a simplement décidé d’assumer le mensonge, puisqu’il n’est plus tributaire de la réaction de l’autre pour retrouver un état émotionnel tragique ou une position de force (chantage).

    Là, c’est le réel qui est précaire. Le socle réaliste a sombré sous les pavés, comme par les chemins qui mènent d’un foyer l’autre. Le conflit d’identité s’est multiplié. Apaisé, car passé à l’acte, le menteur a pourtant toujours en lui ce qui le meut et le déchire, mais il n’est plus très sûr de la manière de mener à bien le combat de l’autonomie. Mieux vaut compliquer, brouiller et ne plus entendre, que choisir. Celui-là s’octroie le droit d’être les deux à la fois et ce sont les deux rôles qui bientôt vacillent, d’une manière ou d’une autre.
    Ce « conseiller » semble condamné.

    *

    Dans l’écologie :

    Dans l’écologie militante décliniste, souvent combinée à une critique du capitalisme, le conflit règne dans les mêmes proportions : On annonce l’appauvrissement inéluctable des ressources, la dégradation irréversible de la surface de la planète et l’effondrement de la civilisation. C’est une sorte de journalisme de l’apocalypse.

    Ici aussi, il s’agit de faire passer des énergies néfastes au lieu de s’attaquer concrètement au problème, comme d’inventer des modes de vie différents, de se faire exemple soi-même, de cultiver en permaculture, d’organiser des collectifs, de vivre un moment séparé du conflit, et cela revient souvent à créer quelque chose d’alternatif qui induit des étapes d’acceptance et de renouvellement des idées, un effort de dépassement des écueils et des noeuds nerveux.

    Lorsqu’on étudie ces processus récurrents de lancements d’alerte publics, on saisit que ces effets d’annonce apportent quelque-chose de concret à celui ou celle qui les galvaude

    L’exemple du décliniste (de celui ou celle qui aujourd’hui annonce l’effondrement de l’humanité, de l’environnement, de la biodiversité, et la fin des ressources) est un exemple d’école. Au vu des progrès techniques, il se dessine une toute autre probabilité : ce qu’ils annoncent risque bien de ne pas arriver. Des alternatives changent déjà radicalement le paradigme.

    On sait que le changement cyclique du climat est dû aux rayonnements solaires et à l’équilibre du système. L’homme accélère la pollution, comme la dégradation de l’atmosphère, mais il n’influe pas sur ces cycles à la puissance cosmique, gigantesque, comme sur la nature des nuages ni leur réflexion des rayonnements. Le recyclage, la récolte, sinon l’exploitation du CO2 en excès dans l’air, est une technologie viable qui va exploser dans les quelques années à venir. Des prises de conscience rapides, des changements annoncés de modèles d’agriculture et de transport, des changements radicaux dans la distribution du travail, la robotisation et l’intelligence artificielle, permettent d’anticiper un changement de civilisation dans les quinze ou vingt prochaines années. Mais on se bouche les yeux, les oreilles. Le drame collectif nous habite, plutôt qu’une création à échelle individuelle, à petite échelle. Et si on diffuse ce grand drame décliniste collectif sur le réseau, c’est bien pour étouffer sa petite voix intérieure, recouvrir son problème à soi.

    Les effets d’annonce consistent et à faire peur, à se constituer en prophète du pire, à diffuser une réponse chimique. Cette posture ouvre en grand le champ du tragique, et la tragédie, c’est aussi le conflit métaphysique sublimé. Si la tragédie artistique, elle, se tient dans le cadre de la scène ou de l’écran, dans le livre, la tragédie journalistique (plus ou moins mercantile) ou le cri en ligne (le cri du juste) ne sont pas très différents. Les effets d’annonce macabres empêchent littéralement de relever unes à unes les solutions de renouveau, de reconstruction, d’espoir, tant pour le collectif que pour sa sphère personnelle, soudain occultée par tant de grandeur. Ils minent toute alternative. Ils prolongent même la catastrophe, l’accompagnent. C’est une grisaille qui occulte le point de tension personnel, refoulé, transfiguré, l’inachevé illisible en soi, et l’intelligence est au service du moindre détail. Il permet la collecte obsessionnelle. Quid du principe de plaisir ? Il se base sur l’occultation des options positives.

    Alors ? Tel l’artiste contemporain, dans la communication contemporaine, l’objet est dénaturé. Tel l’anti raciste, les solutions de rapprochement des gens, de connivence, de connaissance, de découverte, sont empêchés : elles ne sont même plus au programme. Telle la (ou le) féministe conflictuelle, l’accompagnement des hommes et des femmes en déficit d’ouverture et d’égalité n’est pas au programme. Il n’est pas évoqué d’éduquer de front, de façon patiente et concrète, éducationnelle, organisée, des garçons ou des hommes empêtrés dans leur violence, dans leur horreur conceptuelle, dans leur peur face à la moquerie. Ces solutions concrètes seraient ici des mesures nettes en faveur de quotas, comme des réunions, des actes urbains et quotidiens, d’hommes à hommes, des actes directs en faveur des femmes et hommes restés en plein patriarcat malgré les mots, en pleine violence malgré l’indignation, en plein machisme malgré sa déconstruction, et qui rendent coup pour coup selon des lois religieuses ou mono culturelle.
    Chez, eux, le conflit les définit plutôt que la cause défendue.

    Chez le décliniste, chez ce prophète immobile, s’attaquer aux alternatives possibles et visionner un objectif positif, n’est pas de son ressort. Mieux vaut prolonger le conflit ou l’effondrement. Mieux vaut retrouver cette position acide, ces constats toxiques, signes d’un changement refusé, d’une mutation empêchée. C’est relié à l’enfance ou à une position sociale complexe, complexifiée. Parfois, c’est une punition que l’on s’inflige à soi-même. C’est un signe de reconnaissance personnel, dira-t-on.

    *

    Les chemins de la langue sont des codes. Ils mènent à leur propre diffusion de plaisir (morbide). Parfois, cela devient un nouveau diktat.

    La persuasion est sans but, et à mimiques éperdues. Alors, toute la chaîne professionnelle « suppose » que quelqu’un ici sait ce qu’il fait… *

    *curateur, galeriste, artiste, rédacteur, journaliste, public / militant de gauche, de droite, immigré, propriétaire du « territoire », paranoïaque / femmes contre femmes, hommes submergés de substances et d’hormones dont ils ne savent que faire, / public, chroniqueurs, rédacteurs en chef, internautes / lanceur d’alerte, spéculateurs de l’effondrement, alarmistes, déclinistes, progressistes, scientifiques, écologistes, pollueurs…

    … tous espèrent que quelqu’un sait ce qu’il dit, car on a donné crédit à un « autre » de façon automatique.

    Brieuc Le Meur
    Berlin. 14.05.2018

    Article originellement paru dans la revue “Dogma”

    http://www.dogma.lu/edition-printemps-ete-2018/

  12. La théorie du ruissellement. Par Brieuc Le Meur dit :

    La théorie du ruissellement.
    Comment vont nos sociétés, nos systèmes de représentation.

    Par Brieuc Le Meur

    Parmi les capacités éprouvées et conjuguées de la politique française, il en est certaines qui surpassent récemment toutes les autres : la franchise brutale, l’approximation et le double jeu. Ces qualités semblent appréciées puisqu’elles elles portent depuis des décennies des candidats au pouvoir. Est-ce là l’esprit français dans son intimité la plus inavouable, son logiciel le plus édifiant ? Parmi ces manifestations, un argument révèle les mystères de la représentation publique : La théorie du ruissellement. Elle signifie que le plus assoiffé, le plus mal lotis, le plus innocent des hères, profitera de la bonne santé des infrastructures, d’abord pensées pour les puissants, puis, oubliées, carrément, vu l’opulence et la gueule de bois, laissées là à l’usage d’un peuple qui se nomme d’ailleurs toujours ainsi : le « peuple ».

    Des largesses donc, à l’heure des délires transnationaux, des court-circuitages systématiques de l’état, celui-là même qu’on érige en barrière lorsque le processus démocratique se remet à vivre, et que des personnes généreuses d’histoire et de pensée proposent des systèmes économiques et politiques plus clairs, plus justes, plus transparents. Alors soudain on nous invente des peurs, des refus, des idéalismes, tandis que derrière, de mauvais marchands, de mauvais business men, ruinent un à un tous les possibles. C’est qu’ils ne sont même pas de bons capitalistes.

    Peut-être que ce mal possessif porte au-delà des intentions et usages qu’on lui prête dans la sphère macro-économique.

    Les gouvernements, pas uniquement celui d’En marche, assument cette forme candide de persuasion, qui ne se rattache à aucune forme de démonstration. Pourquoi ?

    Poussé par un journaliste dans ses retranchements, un président voudrait nous convaincre que la bonne santé des entreprises portera peut-être ses fruits. D’un point de vue médiatique, le geste est lié la question entrepreneuriale, au machisme à papa. Au socle des hiérarchies anciennes s’ajoute une notion de rapidité, de temps raccourci : « trop de choses à faire, trop de travail », mais en vérité, il est clair que la stratégie est : pourquoi faudrait-il répondre, alors que nous ne savons tout bonnement pas ce que nous faisons ? Celui ou celle qui vote est dépassé, renvoyé à ses propres simulations simplistes. D’emblée, ce qu’on propose au citoyen, c’est une voix et non une polyphonie. C’est la projection de sa propre figure simpliste, et non une palette de possibilités.

    *

    Dans les faits, que se passe-t-il ?

    De chaque côté de l’oligarchie, riches comme pauvres réfléchissent parfois à ce que serait ce fantôme du capitalisme originel s’il était remplacé. Lui qui a pourtant multiplié l’espérance de vie par quatre, presque éradiqué la pauvreté généralisée qui régnait, apporté plus de paix que de guerres… devant un successeur plus démocratique, plus collectif, plus mécaniste, même les plus libertaires, les plus cultivés, les plus subversifs, démontrent leur attachement aux contrats sociaux anciens et surtout, à l’autorité. C’est le garde-fou premier, la confiscation de l’autonomie des gens. Dans leur esprit, il est dit : Moi, je peux me contrôler, mais mon fils ou mon voisin, non. “Si j’étais président”. La représentation de soi en chef dévitalise d’emblée le démocratique. Dès qu’il s’agit de représenter les autres, de se représenter soi, représentant, il ne semble pas possible de faire confiance à autrui. L’infantilisation est permanente. Être responsable, ou véritablement libre, est une fiction. Pourtant, depuis quarante ans, c’est-à-dire après la reconstruction du territoire Europe, ni l’hystérie du plein emploi, ni la croissance, ni l’égalité, ne fonctionnent. Est-ce un défaut du rapport intime de l’individu, un amour de la subordination ? (et non de celui qui est en haut)? On peut une nouvelle fois se demander si les hiérarchies ne sont pas forcées, et si au-delà des rapports de force historiques il n’y a pas, installée dans nos logiciels biologiques et nos personnalités, une subordination naturelle qu’induisent nos systèmes de représentation (L’attribution des choses à soi par le langage, par exemple).

    Mon avis est que la force du nominal emporte tout avec elle : l’identité des choses, des personnes, des lieux.

    A chaque nom donné on prend la substance en échange.

    En définitive, ce n’est pas le chef qui nous représente, mais c’est lui qui est nous, dans notre cœur. Comme dans un rêve, nous sommes tous les personnages : la figure autoritaire, l’escroc, le jeune premier, l’omniscient, le sage, l’énervé.

    La peur de l’instabilité liée à notre inconfiance, peut durablement vibrer à chaque élection et agir contre tout candidat qui ne maquillerait pas complètement nos propres défauts et faiblesses, avec les clichés de la subordination que nous voudrions nous voir attribués. Là est le véritable contrat : maître rappelle moi que je suis ton servant et je m’élirais puissant. Servant, rappelle-moi que je suis ton maître, et je vous respecterais faiblement. De là à dire que c’est nous qui représentons le chef ; enfin… les énoncés didactiques sont ici soumis à un usage réservé. Simplement, ces forces sont clairement à l’œuvre lorsqu’un politique use d’expressions familières ou de gestes du peuple, histoire de rappeler inconsciemment qu’il se cache derrière le désir simpliste de puissance de ses citoyens.

    Voilà la nature du ruissellement, et il est évident que les politiques anticipent ce délire de la représentation. Il n’est pas enseigné, mais il est discuté. Après tout, les professeurs non plus ne sont pas entraînés à être dans une classe, devant des élèves. Les matières, le programme, oui, mais le théâtre…

    Là où il faut chercher, c’est dans l’adhésion à ces croyances politiques basées sur des ressorts intimes : tons de voix, prises de pouvoir du langage sur le corps, expression corporelle. La conviction ne se base pas sur le calcul économique logique (mais le fût-elle jamais ?), mais sur des intentions. Voilà le creuset des binarités politiques occidentales depuis que la religion a disparu : comment le chef ou l’exemple national entrepreneurial est constitué. Comment se voit-on en chef.

    Ceux qui n’ont rien, comme ceux qui ont tout, sont égaux devant le désir de puissance.

    Selon le modèle ancien, quelqu’un qui n’avait et n’était rien pouvait devenir soit maître, soit moine (une personne qui se doit de ne rien posséder). Le rapport est déséquilibré. Pour devenir maître, on peut s’en rapprocher : servant, commis, paysan, chevalier, marchand. On en rêvait mais on ne le devenait pas. Il fallait accumuler crédit, vertu, et possessions. De générations en générations, de mariages en coup bas, c’était toujours pour le type d’après ou l’enfant roi, lui aussi fait à notre image dionysiaque. Mais voyons, de l’autre côté de la balance sociale, entre ces deux rôles antiques, un superbe milieu, qui nous intéresse absolument et constitue la majorité : le peuple. C’est une force productive et un angle mort de la représentation. C’est une rêverie politique et spirituelle exploitable à l’infini ; mais en vérité, il n’existe toujours pas. Il n’est pas, et n’a jamais été, dans les petits papiers du désir.

    *

    Voici un exemple qui colle à l’actualité de la rentrée 2018 : Nicolas Hulot.

    Il s’est agi de la même inversion du processus politique de représentation. Depuis ses activités d’activiste sur la scène internationale, son élection au poste de ministre de l’écologie, jusqu’à sa récente démission en août 2018, on l’accusait d’être soumis aux lobbies, de choyer son image, d’être une coquille creuse de l’écologie cathodique, mais ces opinions imaginaires soulignaient surtout le manque d’infos qui règne dans ce genre d’affaire. Plus on est éloigné des actions réelles du représentant, plus l’homme est soumis à l’ire des personnes qui s’y projettent. Le commentateur résout par son intermédiaire la propre incohérence de ses actions (humaines, écologiques, à ce propos) (à travers le réseau médiatique hyper érotisant des intimités fantômes.
    En l’état, et s’agissant alors de la figure du chef, moins on en sait, et plus on s’y décharge. D’ailleurs, du moment où il démissionnât, il ne fut soudain plus l’objet d’attaques. Sans plus d’informations supplémentaires sur ses combats (les vrais, concrets, en coulisse, de l’écologiste), il remontait dans l’estime des plus arides des commentateurs. C’est qu’ils se trouvaient soudain dé-représentés. Entendez que, leur intimité n’était plus en lien direct avec l’autorité. Car c’est le rapport d’autorité qui autorise le transfert.

    D’un point de vue symbolique et graphique : le divan est inversé. Le chef s’y trouve couché, et ses torts ou qualités ruissellent dans l’esprit du sujet (sur son ego turgescent).
    Contestation, polémique, conflits, sont ici en lien direct avec l’intime. C’est une conscientisation nécessaire, comme de cesser d’attendre qu’on nous force, par des mesures restrictives, à être écologique, au lieu de ne plus acheter spontanément de plastique, de désherbant. Ce n’est pas à l’Etat de faire cela. C’est au citoyen. Mais la connexion spirituelle se révèle par ses contradictions.
    *

    J’étais hier sidéré qu’un galeriste maltais m’annonce que ma nationalité française puisse apporter un plus à mon travail artistique. Ça m’a mis la puce à l’oreille. De quelle sorte de « plus » jouissais-je en tant que Français ? Qu’est-ce qui ruisselait ? Dans le train pour Barcelone, un esprit libre, sac à dos et musiques, envies de plage et de rencontres, répondait à la question d’une amie anglaise à propos de l’exception culturelle française. Parmi tous les combats qu’il ait pu mener contre le grand capital visible à toutes les vitrines, il n’était plus très sûr du caractère exceptionnel de son pays d’origine. Sa réponse fut étonnante : on a la gastronomie, la mode, airbus, le tgv, et le luxe. Une autre fois, une amie suédoise estimait enfin envisageable d’investir ici, une sorte de bon moment qui s’était fait attendre. Lorsque je lui demandais pourquoi elle le sentait si évident, ce moment. Une intuition, me dit-elle.

    Fort de nombreuses autres observations en ce sens, ma conviction est que ce qui ruisselle, ce n’est pas un peu d’argent échappé des plomberies élyséennes de manu les bons tuyaux, mais plutôt du désir de jouir d’une réputation. Elle permet même de re-distiller l’injustice. Celle-ci est une réalité ancienne impérialiste, et donc, ultra violente. On ferme les yeux sur les exactions des dirigeants et des armées, comme sur les récentes colonisations : on ferme les yeux sur soi. C’est un sentiment fort que de se sentir rassuré, en sécurité, avec plus qu’il n’en faut, ou d’appartenir à ce maître, à cette famille. C’est ce fantasme du pouvoir par l’argent qui ruisselle.
    Ce que les pauvres ressentent, les artistes et les prophètes tentent au contraire de l’estomper. Les sentiments partagés de la gagne, du succès ou du déshonneur, apanage du looser, notions aujourd’hui portées aux nues par la culture américaine, sont exacerbés dans le rapport individuel. Des individus continuent de se dresser contre d’autres individus-, certes mis sur le même pied d’égalité devant l’adversité métaphysique (comment je subviens à mes besoins), mais aussi sur le même constat d’ignorance. Il n’y a plus de rois, plus de maîtres, plus de chevaliers, plus de moines. Il n’y a que toi devant l’absolu et ton corps qui souffre et qui a faim. As-tu mérité ta parcelle ? ta place dans le nouveau monde ? T’es-tu battu ? As-tu du sang sur les mains (le tien ou celui des autres) ? C’est cette culture qui perdure aujourd’hui.

    L’optimisation fiscale des grands groupes, l’automatisation des tâches, la fin de l’emploi comme pilier de la redistribution sont des réalités modernes. Il n’y a toujours pas d’alternatives politiques adéquates. On reste dans l’idéologie, dans le binaire, dans le personnel, sinon, dans la personnalité. Pire, qu’un avantage financier pour le public découle de ces approximations, relève d’une rupture radicale avec le contrat républicain. Dans un sens, le ruissellement est hors la loi.

    Il s’agit alors de réfléchir à ce qui empêche les gens de bondir de colère.

    Et on l’a déjà dit : d’abord, tout le monde veut être roi.

    Les forces symboliques emportent tout sur leur passage. Même si vous n’aimez pas le foot, en tant qu’expatrié français, une victoire des bleus est synonyme de respectabilité dans les cercles d’amis ou au travail. C’est une fréquence subliminale quasi génétique qui se décèle dans les regards admiratifs. Ce sont des jambes, des tactiques, des postures secrètement évoquées ; c’est un jeu de guerre (l’idée des conflits anciens est toujours présente). On apprécie d’autant plus les capacités familiales et bourgeoises d’un clan qui aura su imposer une aptitude à commander, à négocier, à se frayer une place dans un monde codé d’hommes et de femmes de réseaux qu’on respecte au-delà des mers. On saluera une capacité à communiquer ou au contraire, à faire tourner court la discussion, à aller droit au but. Ces facultés, planent au-dessus de tout ce qui habite les dominants, les dominés, c’est même ce qui les relie. C’est ce qui fera aimer le maître, le parrain, la mère ou le père, et ce sentiment est toujours là, que la république n’a pas effacé. D’ailleurs, elle est « en marche », c’est-à-dire qu’elle se dérobe, qu’elle n’est pas là où elle aurait dû exercer sa pensée égalitaire et sa capacité d’éveil.

    Même des notions comme « le sens de l’état » aveuglent autant qu’elles transgressent les valeurs fondamentales.

    Ce qui ruisselle, c’est cette réputation. Elle nous coule dessus et nous habille de gloire. C’est avec ça que la plupart des gens votent. Les Françaises et les Français se sont dit, sans vraiment réfléchir plus loin, que Macron serait plus efficace sur la scène capitaliste internationale. Qu’elles soient alternatives ou endimanchées, la qualité du dirigeant dans un duel imaginaire, le duel que chacun s’imagine pour lui-même, rejaillit sur ses ressortissants. Ça a toujours été comme ça. C’est un réflexe de la servitude volontaire. C’est vieux ; c’est courant. Quelque chose plane dans l’air : l’aura du représentant. C’est ici, et là. Ce chef archaïque, est partout en nous. Il n’est pas à confondre avec la subordination au travail, mais plutôt, avec une idée brutale de l’autorité divine. Dans cette optique, un jugement, même absurde, faisait loi.

    Il nous arrive de réagir positivement lorsque notre ami accède à une situation. Il a pu mal agir, se tromper, mais il revient un matin habillé de neuf et montre sa vertu, sinon son humilité. Sa réputation est rehaussée d’un cran et demi supplémentaire. C’est l’ascenseur ! L’ascenseur social. Le pouvoir aux plis fin, à la surface nette, au tissu délicat. Même le plus endurci des contestataires se sent mieux loti en voyant son ami plus présentable. C’est l’impression positive de ce ruissellement.

    L’apparence reste quand même le premier moteur de la séduction. La nature prend des décisions à l’emporte-pièce puisqu’elle n’a pas la liberté dont nous parlons. La fleur, l’abeille, l’animal, n’ont pas d’alternatives. L’effort donné à paraître belle, beau, à tromper son monde, est une règle fondamentale. Le droit tente de démystifier cela. La démocratie, ce n’est pas la jungle, c’est le contraire, mais cet antagonisme avec la nature n’est pas inscrit dans la constitution. On y parle d’égalité. C’est déjà fort. Mais l’est-ce assez ? Chez les oiseaux la danse annonce le gène manquant à la femelle. Chez l’homme, la voix (sa résonance, son timbre) donne des indications très probantes, instinctives. Parfois il n’y a rien d’autre. Tout passe par elle et par le geste. Ces détails qui n’en sont pas signifient plus qu’ils ne disent. Là aussi les gènes s’imbriquent. Et ici pas de république. L’habit impressionne les familles, les amis, les personnes qui ne vous connaissent pas, les employeurs. Même celui qui maudit l’habit se fait prendre à son jeu. Qui de t-shirt en sandales, de chansons en colères, de jeûnes en résignations. La première chemise blanche qui passe et c’est plié : c’est du combiné, du respectable. C’est ce qui provoque la moue admirative. Chez la femme et l’homme, le règne est animal. Le désir, infini.

    Il est notoire de constater que le peuple n’est pas prêt à sortir de ses schémas. Au diable les âmes vagabondes ! La servitude, c’est la foi en un futur à portée de main. Le travail est toujours la valeur sacrée ; c’est ce qui mène bientôt notre société à l’effondrement. Perte de temps et d’énergie notoire, tâches inutiles, redistribution archaïque, c’est pourtant toujours un objet de domination comme de libération. C’est une garantie métaphysique. C’est un concept qui a la vie dure (tant à gauche qu’à droite). On ne relève que peu les réductions des libertés : on aime être dévoué (à quelqu’un, à quelque chose). Et d’un point de vue des grandes causes ou de l’Etat, on aime cette notion noble, électrisante, de sacrifice. On l’aime même dans l’art, car on travaille pour la postérité. C’est un désir de pouvoir. Un geste éperdu.

    La république a mis longtemps à déconstruire les dominations séculaires, à effacer la société des brutes, mais en ce moment, on accepte encore cette parole politique. Etrange. Les français revoteront encore pour une image d’un soi-même en train de dominer. On préfère ces choses simplistes aux recherches mécanistes, aux politiques non idéologiques. Que ferait-on sans nos chers conflits intimes, sans nos dénonciations grandiloquentes, sans nos grandes déclarations ? Le militant est un prince aux pieds d’argile.

    Aujourd’hui, Trump, Poutine, Macron, appliquent la logique de la bonne impression et du maintien de l’ordre. Leur profession première, la santé commerciale forcée, achetée, artificielle, nous fait croire qu’ils luttent contre un danger absolu : l’instabilité d’un autre système. Mais en vérité, il n’y a pas de danger. Ils profitent de la stratégie intime des gens qui votent pour eux : la figure paternaliste. Instinctivement, ils parient que l’intention fera capituler avec perte et profit tout phénomène de transition. Il s’agit d’exploiter la peur de se perdre soi face à un autrui multiple, changeant, varié, qui nous ferait sentir précaire. Il s’agit de maintenir tout le monde dans des tâches et des rôles bien définis, et cela va nous entraîner à la catastrophe.

    La route ainsi pavée de violence à l’ancienne provoque des réactions dont on connait la source : au-delà de l’effet de surprise, la figure et son miroir sont respectés. Ça fait plaisir à beau-papa, à belle-maman. Tout le monde en profite. Les citoyens, avec les démissions et les soumissions qui les caractérisent, et quelques ultra riches, âmes perdues à jamais dans l’idiotie de leur vie sur le fil. Ils préféreraient tout perdre. On pense parfois à la différence entre Trump et Clinton, entre la rupture populiste du premier et l’oligarchie de la seconde… Mais aucun des deux n’est une aubaine pour les Américains.

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    Il est là, ce ruissellement. Non dans la réalité économique, prête à s’effondrer une nouvelle fois, mais dans le fait que de nos habitudes intimes sont encore utilisables contre nous.

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    Brieuc Le Meur.
    Août 2018

    Article originellement paru dans la revue “Diakritic”

    https://diacritik.com/2018/10/12/la-theorie-du-ruissellement-comment-vont-nos-societes-nos-systemes-de-representation

  13. Jean-Clet Martin dit :

    La collection militante de tous les slogans du jour, la mobilisation devant le moindre mot d’ordre qui envahit notre morale se fait en référence à des Causes d’une extrême rigidité et témoigne d’une volonté pernicieuse de capitaliser les bonnes intentions en usant des ressources de la mauvaise conscience. Le tyran ne s’y prendrait pas autrement, sans aucun véritable débat public d’ailleurs. Parler au nom de valeurs hautement humanistes en rêvant aux pleins pouvoirs du bon mot, du mot frappant, voilà qui nous prête une fonction ‘régulatrice’ dont on rêve de jouir pleinement. Alors le moindre cliché passe pour juste mesure de la ‘Règle’ et chacun clique le hashtag du moment selon le principe d’une ‘exécution’ capitale. Tout, dirait-on, dépend enfin de la bonne intention de celui qui, se prenant pour le ‘Droit’, jure pour un monde meilleur en usant de sa signature de manière coercitive au moment même de revendiquer la liberté comme Cause ultime. C’est grave quand des philosophes se prêtent au jeu…

  14. Jean-Clet Martin dit :

    Ne plus contribuer aux non-événements qui se multiplient sans raison en épousant chaque Cause qui se dit liberté d’informer et rage de dénoncer. Ne plus partager les mauvais sentiments qui se déguisent sous le masque des plus nobles, les mauvais intestins, tous les relents de l’estomac digérant les nourritures apocalyptiques. L’esprit de vengeance, le nihilisme accompli que Nietzsche déjà pressentait enflent sur les formes de l’indignation prêtes à anéantir la naissance de la pensée dans la pensée avilie. Rien de réel ne soutient toutes ces invectives qui envahissent les réseaux de communication pour rendre la haine plus acerbe et le fascisme probable, non seulement pour le Brésil aujourd’hui mais pour nous, ici, bientôt.

  15. blm dit :

    Le penseur prend les choses à bras le coeur

  16. Brieuc Le Meur - Les médias, le corps et la démocratie dit :

    Les médias, le corps et la démocratie

    Pour une redéfinition institutionnelle du champ médiatique.

    Par Brieuc Le Meur

    lecture audio, ici : https://soundcloud.com/3r1euc/les-medias-le-corps-et-la-democratie

    Texte paru originellement sur Diakritic, en version finale le 14 decembre 2018 : https://diacritik.com/2018/12/07/les-medias-et-le-corps

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    En 2018 la question des médias est centrale. Mais comment réfléchir à cette partie majeure de notre système social ? Télés allumées en permanence dans les foyers, radios dans les autos, presse écrite qui se dresse en autorité intellectuelle, et des réseaux dits sociaux… Ils sont sociaux, certes, mais ils sont surtout mentaux. Car c’est bien du mental qu’il s’agit. Alors cette matière, ces médias, est-ce qu’ils représentent une hyper information ou de l’hyper mensonge ? Au sein de notre corps, que se passe-t-il lorsque cette information, ce substrat de vérité, se répercute sur nos comportements ? Lorsque ça s’installe littéralement en nous ? Est-ce que ça respecte le contrat républicain ? On peut alors se demander si une force plus profonde ne régit pas à la fois notre conscience et la société, ou pour reformuler, si une force commune ne régirait pas notre opinion (c’est-à-dire nos émotions) et la façon dont les médias sont gérés aujourd’hui.

    Juridiquement, la conscience individuelle (le corps), la presse (le média) et la démocratie (une gestion commune) doivent être mises en lumière de façon nouvelle.

    Ce n’est pas de la science-fiction ; il s’agit bien de notre histoire. On est en droit de se demander qui a l’ascendant sur notre corps ? Qui en a la responsabilité ? Cette intrusion d’images et d’opinions dans nos systèmes personnels est une question absolument prioritaire. Il s’agit de notre identité, comme des images que nous façonnons en nous, toutes droites venues de la production mondiale. Il s’agit du plus profond de notre être (image entendue en tant qu’opinion, vidéos, texte, émotion, photo). C’est quelque chose qui est comme un sanctuaire, mais qu’on nous prend morceau par morceau.

    Permettons-nous deux lignes d’anthropologie médiatique : le premier média, c’est la transmission orale. Puis, vient la religion, l’intercession mystique. Puis vient la démocratie, qui est liée à l’imprimerie. En vérité, la démocratie est elle-même un média, une production de contenu qui coexiste avec les premiers journaux, les premiers tracts, les premières productions personnelles de fiction. Le futur de la démocratie sera d’autant plus un média, qu’il ne se fera pas sans les échanges instantanés au sein d’assemblées citoyennes, qu’elles soient locales ou via internet.
    Nous les trentenaires, les quadras, et nos parents les baby-boomers, ne sommes pas en théorie responsables de ce que sont devenus les médias. En théorie… Nous sommes passés par tous les stades de l’évolution : Au milieu du vingtième siècle, une période de conservatisme moral succède à l’apocalypse, puis c’est la guerre froide, les hippies, l’art et la pensée, mais aussi, la gagne et la finance avec la figure de l’hyper riche et du jeune moderne en costume, en parallèle des fronts armés colonialistes, des pillages énergétiques, qui somme toute sont liés, et vont de pair avec les délires idéologiques qui arbitrairement créent deux pôles, libéralisme et communisme (dont s’aperçoit qu’ils sont assez identiques), puis, récemment avec la paresse numérique. Celle-ci est camouflée en hyper activité mais c’est bien d’une paresse qu’il s’agit. Pire, c’est un affaissement, une déconstruction. (L’internet apporte une culture générale, une lecture perpétuelle qui n’est pas un acte paresseux, mais avec cette paresse, est entendu le fait de ne pas devenir ou de rester soi, d’être ce qu’ils veulent bien qu’on devienne). Quel final !

    Ces cataclysmes, ces irruptions émotionnelles, ont-ils un lien ? Oui, ce sont les médias, ce sont les annonces officielles des gouvernements, ou plutôt leur « explications ». Voilà le catalyseur de ces faits historiques. Sommes-nous habitués ou écœurés par une propagande ou par une voix chaude et paternaliste, quotidienne, officielle. C’est fou car elles sont identiques, mais selon l’endroit et le camp où l’on se trouve, elles paraissent opposées. Mais on ne se demande jamais ce qu’est exactement le média qui les véhicule, tant celui-ci lui semble coulé dans le bloc. Il est invisible, inaudible de présence. Il est notre société. C’est une production magique, un lieu mental de plaisir, d’indignation, de loisir ou de haine. Cela ressemble à une zone de combat, à un lieu de travail fébrile jamais en paix, mais aussi, à une entité qui reflète la production d’une nation dans son ensemble, avec son industrie, son histoire morale, religieuse, militaire.

    L’histoire nous dit donc qu’un média, c’est un modèle de pensée, mais il lui faut, à cette pensée, un modèle à imiter : soi. Au fond un média c’est comme un être à part entière.

    *

    La question récurrente tourne autour de l’objectivité des journalistes. Mais la question démocratique, dans ses travers révélés, tourne autour de l’objectivité des citoyens. Les deux entités, citoyens et journalistes, réunissent-elles les conditions de leur liberté, de leur objectivité ? Ont-ils accès aux bonnes informations ? Qu’acceptent-t-ils de croire ? A propos des citoyens et de leur « voix », de quelle représentativité s’agit-il, lorsque les élections sont passées ? On dirait que la démocratie, c’est une minute tous les cinq ans…

    A propos de ces journalistes, on a oublié qu’ils puissent jamais avoir été libres de publier sans être relus au préalable. C’est d’autant plus vrai que le citoyen accepte de prendre part à l’auto censure. On le fait tous les jours en travaillant. C’est vrai, concrètement au quotidien, il n’est pas souhaitable de contre produire, de remettre en question tout ce que fait l’entreprise dans laquelle on travaille, sinon quelle vie aurions-nous ? … Si le travailleur, comme le journaliste, n’a pas d’alternatives, qu’il ne peut aller à l’encontre du corps social, à l’encontre de leur surmoi, de pulsions régulatrices, c’est qu’ils ne peuvent simplement pas s’exprimer. Le problème n’est pas cette liberté de s’exprimer, mais c’est que les conditions ne sont pas réunies pour s’exprimer (et d’obtenir toutes les informations). Alors la démocratie n’en est qu’à ses balbutiements. On a envie de dire, la presse, aussi, en est à ses balbutiements.

    Donc cette impression de plus en plus désagréable que ce bâillonnement démocratique nous est imposé (comme l’auto censure), se reflète dans la production d’opinions, d’objets mentaux, sociaux, eux-mêmes anti-démocratiques. On aime tel produit ou tel rôle, ou au contraire, on déteste des personnes, des lieux qui ne sont pas en conformité avec nos rêves. En somme, on rend coup pour coup. Ces projections vers autrui, cette toute puissance autocratique qui n’est pas voulue, entretiennent la consolidation perpétuelle de féodalités désormais globalisés, mondialisées, inatteignables. On croit faire le bien, être « dans le rang », dans le vrai, et tout à coup, la trahison se révèle, puissante, scandaleuse. On nous a pris pour des pommes, et c’est, un instant, à soi qu’on en veut. Cette sensation de trahison, cet effondrement de la vérité est absolument insupportable. Puis effectivement, la colère éclate (voir : le mouvement intergénérationnel des citoyennes et citoyens, dit mouvement « gilets jaunes », et l’exergue en fin de texte).

    La relation continuelle des pouvoirs médiatiques et exécutifs, nous fait passer de voix concrète (celle de votant), à voix discrète (celle de diffracté, d’humilié). Cette autorité suinte par tous les pores du web et des journaux, des contenus télévisés. Plus l’aura de ces médias augmente, plus cette impression bizarre de fausseté, de trahison se déploie, fantomatique, en nous, et plus notre psyché se contrit, implose. Ça produit l’opposé d’un acte de choix, d’une unité de choix. C’est ça la paresse. On mute en contraire de notre identité voulue, en contraire de nos identités possibles. Cela produit l’opposé d’une unité de pensée qui serait la nôtre, une pensée démocratique immédiate, qu’on appelle maladroitement nommée démocratie participative, ou démocratie directe. Il n’y a pas de mot encore pour dire : « être ensemble, instantanément ». Les autorités intellectuelles et morales empêchent d’exister dans un corps en paix. La voilà la réalité. Il est impossible d’aller à l’encontre de sa boite et de ses intérêts. Les médias ne peuvent aller contre ces entités, en l’état actuel des choses. C’est de survie qu’il s’agit, de survie sociale. Pour le journaliste, comme pour le citoyen. Pour le média, comme pour le corps. C’est la réalité des grands groupes de presse, mais aussi, et ça on le sait moins, des plus petits projets. Un mini journal urbain est soumis à la même loi du rédacteur ou de la rédactrice en chef, qui tient à faire ressembler sa ligne éditoriale à quelque chose, voyons. Elle, s’occupera des pages danse contemporaine, puisqu’elle aime ça. Et les autres. Oh les autres…

    Le modèle de l’entreprise doit être questionné. Aujourd’hui une société appartient à quelqu’un ou à quelque chose. Mais son harmonie est de plus en plus suspecte. 99 % de ses acteurs ne font que se restreindre, se révolter sans bruit. Une rédaction, elle, à chaque malversation, ressemble à une entreprise, qui ressemble à une guerre, qui ressemble à une marche forcée. Ainsi l’avenir du corps social, du corps médiatique, comme de nos consciences personnelles, ne seront ni capitalistes, ni communistes. Elles seront une fusion d’information avec les autres, et non, un filtrage perpétuel.
    C’est la participation effective qui est l’idée génératrice nouvelle. S’il y avait le capitalisme, le communisme, pour rester dans « ismes », ça ferait un participatisme. Voilà la tendance politique 2.O.
    Le désir, c’est l’harmonie.

    *

    Réfléchissons au concept de majorité. Avec l’avantage d’être semblables dans le spectre social, on ne réfléchit pas aux conséquences que la majorité influe sur le déroulement des choses comme sur l’appauvrissement des variétés, des richesses, dites aussi, dans d’autres domaines : biodiversité. Pas un programme politique aujourd’hui ne va contre ce problème antidémocratique de la démocratie elle-même. On ne réfléchit pas au-delà. Des gens le font, mais dans le débat commun. La majorité est absoute de toute malversation, mais aussi, la majorité/minoritaire n’est pas remise en question (voire les 23 % de Macron, peu représentatifs de la conscience politique du pays). Chaque question politique devrait être un cas par cas, et devrait présenter une identité.

    Ainsi l’on renouvelle, par désinvolture, sa confiance en la bonne réputation, en la modération, en tant que forteresse aux remparts si hauts que la géopolitique n’a plus de prise sur notre quotidien. La géopolitique ne vous gêne pas. On rase gratis. On exploite en silence. On bombe là-bas, là-haut, en couleur. Les mots ne portent plus.
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    L’objectivité, c’est-à-dire, l’unité de conscience, c’est-à-dire, le contraire d’idées venues d’ailleurs, est liée à l’indépendance des rédactions vis-à-vis du pouvoir politique, mais aussi du pouvoir actionnaire, du pouvoir des riches industriels propriétaires, financés par l’argent du contribuable.

    On a l’impression qu’avec ces oligarques, c’est par provocation, besoin d’attention qu’ils se mettent ainsi en porte à faux au milieu des articles, un peu comme pour s’attacher au journal, pour s’attacher au quotidien. C’est en définitive un jeu masochiste. Une sorte de BDSM médiatique. « Je m’attache à l’actualité. J’attache le contexte. Je ferme la porte. Et puis : battez-moi ! » Il est violent de constater que les français acceptent de prendre part à cette obscénité sénile ou juvénile, on ne sait plus. De tels achats de journaux devraient être impossibles. On se demande ce que fait le législateur.
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    La « presse ». Alors. Qu’est-ce que c’est ? Pourquoi ne pas envisager son sens propre, originel : Appuyer, presser la fine tranche qui disparaît sous le poids des choses, sous le poids humain, sous le poids de sa démocratie encore parcellaire, irrégulière. La presse, toute humaniste qu’elle soit, est déjà l’outil qui va accélérer l’emprise de la pensée humaine sur le vivant, mais aussi, accélérer l’emprise brutale des uns sur les autres ; des emprises culturelles, raciales, sociales, industrielles, militaires. Quelque chose s’extrait de cette entreprise de compression : le langage. On presse, et on extraie le jus qui exploite le monde. Ainsi la planète, comme notre corps, ont le même tuteur, et quasiment, le même ennemi commun, qui nous joue les tours qu’il veut, puisqu’à l’utiliser, on ne voit plus ce qui est juste et vrai.

    Si un organe de presse ou une technique artistique utilisent des sources pour construire la pensée, notre pensée, ceux-là sont synonymes d’opinions que l’on puise en soi. C’est très souvent une projection d’éléments déjà digérés. On voit que ce que nous voulons bien voir. On fabrique des choses déjà existantes. Si cet argument est un lieu commun, c’est normal. Ce lieu, c’est notre corps.

    Comment se fait-il qu’avec les mêmes informations, les traitements varient ? La question, elle aussi, a l’air banale. Les internautes, les chroniqueurs, les philosophes, disposent des mêmes informations, mais leur traitement varie. Le discours est contraint par les mêmes forces de la représentation, par la production et l’assimilation d’images, par les mêmes projections de soi qui valent pour plus puissantes et plus englobantes, que l’information elle-même, information qui n’agit que comme un renfort partisan. Pour le journaliste et l’internaute, puisque l’internaute a l’air plus puissant que le citoyen aujourd’hui : Si quelqu’un s’émancipe de ses vieilles valeurs et découvre de nouveaux horizons, c’est qu’il s’est méfié en tout premier lieu de lui-même.

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    Il est toujours demandé quels médias ou médiums on utilise. Mais en vérité, c’est l’information elle-même, qui nous utilise. L’information elle-même est un objet, une matière concrète, une tension.
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    Ma théorie est que, s’agissant de cette émotion, de cette information, on transmet quelque chose qui est déjà un média en soi.
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    Une œuvre artistique, elle, se réalise au-delà de l’expérience des autres. C’est quelque chose qui se passe en nous, mais aussi, qui se dépasse en nous.
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    L’image.

    L’organisme est un lieu de production d’images, de territoires intérieurs, de gestes imagés. Les neurosciences apportent de nouveaux éléments sur le traitement cognitif et électro chimique des impulsions, des flashs, de la façon dont le cerveau traite et produit consécutivement les images, les idées, les souvenirs. Plus ces découvertes avancent, plus notre production idéologique, administrative, politique et médiatique, peuvent être analysée et réajusté. Elles permettent de mettre en lumière notre compréhension des médias, comme le futur de l’échange en réseau, c’est-à-dire, le futur de la démocratie.

    Si un média, c’est le corps – si le corps est un média, (les deux sont des centres de projection) et qu’au sein de ces deux-là, d’autres médias les parcourent, les transforment, et se transforment, cela revient à dire qu’il n’y a pas de hiérarchie possible entre ces médias. Il n’y a pas non plus de hiérarchie possible entre ces informations. On ne signale jamais qu’il ne se passe rien, et pourtant, c’est une information. Le silence a une puissance d’information bien supérieure. « Méfiez-vous de l’eau qui dort ». En effet, si parfois, il ne s’est rien passé, ici, ou là, et que l’information est pauvre et creuse, c’est peut-être justement la bonne information.

    Si des médias parcourent d’autres médias (des infos, des émotions parcourent le corps) … en somme, la façon de traiter l’information (d’une rédaction ou d’une personne) est comme un jeu de poupée russe qui se découvre ou se referme sur son modèle. Chaque poupée renferme potentiellement d’autres poupées. Chacune est à situer au même niveau qu’une autre, qu’elle soit unique, modèle d’autres ensembles, ou l’arche d’un nombre infini de sous modèles. Il s’agit de respecter chacune des diversités, des altérités, plutôt que d’unir de façon brutale et d’estomper les qualités de chacun par le prisme de sa propre représentation.

    *
    Notre modèle à nous, c’est le corps.
    On peut se demander ce qu’est le modèle du corps.
    Quoi qu’il en soit, tout ce qui passe là-dedans ne peut qu’être du langage, et ne peut qu’en ressortir, langage.

    *

    Ces choses qui pèsent sur le monde de façon tout à fait concrète, sont donc à considérer comme des objets. D’ailleurs, le poids de la presse sur l’ordre des choses est concret, mesurable. La nature de cette année 2018, avec ses blogs parodiques qui distordent l’information comme le font les vrais médias, comme les politiques, est à redéfinir à l’aune d’une production névrotique. Une affabulation. Un symptôme. Une psychose. Une violence. La peur de tout perdre, la peur de tout gagner.

    Le poids de la presse, avec sa toute-puissance intellectuelle, se camoufle en bienfaisance. Bienveillants sont les dictateurs qui veulent pacifier le monde et envoient des soldats…

    D’abord reconnu par les politiques en tant qu’outil (ou en tant que danger), ce pouvoir médiatique, ce pouvoir-ci n’est pas inscrit dans la constitution. Seule la liberté d’expression l’est. La constitution française, comme la déclaration des droits de l’homme, stipulent certains faits mais en omettent d’autres. Elle n’encadre pas précisément le pouvoir médiatique, ni sa relation avec la démocratie, ni sa relation avec la conscience humaine. Ces trois-là représentent une triade complète, le cercle le plus effectif de notre système social et politique. C’est un contexte juridique : Ce qui est expression dans une démocratie, c’est aussi sa loi. Mais elle ne s’est déployée qu’à minima, et n’empêche pas la démocratie et la presse d’être soumises à des intérêts économiques occultes. Ce qui est omis dans cette constitution comme dans la déclaration des droits de l’homme, est donc, malheureusement depuis trois siècles, potentiellement augmenté. Cette liberté d’expression devrait exister à condition d’une séparation nette et encadrée de la politique et des médias. Elle pourrait aussi une fusion encadrée des deux, dans un contexte démocratique véritablement adulte et déployé, mais on est si loin d’une véritable démocratie !

    La presse, comme le politique, ne sont pas tenus responsables de leurs actes. Un mensonge caractérisé, une omission létale, une manipulation, devraient être hautement répréhensibles, et ce sans prescription. Relayer une information d’entreprises ou d’états qui manipulent des faits militaires devrait être passible de prison, sur le champ. Les faits engagés devraient être vérifiés de façon publique, avec une énergie sans précédent. Prendre des décisions sanitaires ou commerciales polluantes, pour des raisons économiques (les raisons d’une minorité d’initiés), devrait là aussi être passible de peines dures. Une responsabilité à postériori devrait être imposée à la presse et l’état, et sa nature gravée dans le marbre des institutions. Leur accointance est d’une toxicité incommensurable. C’est un pouvoir partagé. Un pouvoir fusionné. Et il ne prend pas en compte le troisième pouvoir, qui à priori devrait être le premier : le pouvoir individuel des citoyens, leur conscience. La conscience individuelle, véritablement mise en jeu.

    C’est le sujet principal de toute la presse depuis la fin de la seconde guerre mondiale : des mensonges à propos des guerres faites pour l’accès aux ressources, puis contre l’émancipation des pays du sud, pour faire court. On refuse d’emblée que ces nations lointaines puissent être des concurrentes. On leur refuse tout bonnement le même pied d’égalité. Ces mensonges pèsent sur l’inconscient collectif du corps social, sur notre psyché déjà dissociée, laissée en morceaux, à force d’interventions à la fois des médias comme de l’état sur notre autonomie de conscience.
    L’état comme ces médias produisent des images que nous faisons notre. Et lorsqu’elles s’avèrent fausses, c’est destructeur. C’est hyper violent cette trahison des faits, qui produit aujourd’hui cette révolte des citoyens, le mouvement des gilets jaunes. Il y en a eu d’autres et il y en aura de nouvelles. Nous vivons encore à l’ère d’une démocratie juvénile. Cette démocratie est parcellaire, et c’est ce qu’il faut répondre à tout ceux qui s’en servent pour prolonger l’injustice et l’impérialisme industriel.

    « Ils » ne nous laisseront pas gagner, disait une députée dernièrement (Corinne Morel Darleux), et ce n’est pas qu’une question électorale ou politique. C’est une réalité intime, familiale, sub-étatique, des choses et des affaires. « Ils » ne nous laisseront pas être des femmes et des hommes libres. Si, allant de concert, la presse maquille sa parole en vertu d’intérêts identiques, quelque chose de profondément néfaste se passe en nous. Puisque les images et les opinions fabriquées des médias deviennent nos images et nos opinions à nous, ce rejet d’une partie intime de sa personnalité devient une destruction de soi, une trahison, une implosion. Une partie de soi si intime qu’elle est dans notre tête. Cette confiance qu’on avait accordé aux autorités intellectuelles devient tout à coup défectueuse, pourrie. C’est d’autant plus grave que cela passe des biais institutionnels, des contenus culturels qui ont le label « officiel ». On le prend de plein fouet. Cela fait partie de notre culture collective, profondément ancrée dans notre système biologique. Et ils sont en train de jouer avec ça. C’est une attaque de notre « liberté de penser, une intrusion dans notre tête. C’est notre tragédie moderne. Cela relègue les tragédies grecques au passé, définitivement. Celle-ci est bien plus puissante. Nous avons découvert notre véritable dramaturgie. Homère, Platon et Aristote peuvent aller se rhabiller.

    Le parallèle entre les médias et le corps, est la seule façon de faire comprendre que la tragédie moderne est la chose fusionnée de la presse et de la démocratie.

    (Mais nous partageons ces dégâts collatéraux avec tout le monde : les pauvres, les riches. Les puissants, les faibles. Les nations comme les individus).

    *

    La frontière entre l’omission et le mensonge n’a peut-être jamais existé. Au milieu des deux oscille la liberté d’expression, c’est-à-dire, la liberté de ne pas dire, ou surtout, la liberté de la corrompre (cette liberté et cette expression). Les possibilités d’exactions de cette liberté d’expression ne sont pas encadrées par la loi. Parfois elle empiète sur la liberté d’être, carrément, ou sur l’importance d’être responsable de ses actes, politiquement, individuellement, journalistiquement. Car l’expression est un acte ! Sa production est matière. C’est une infrastructure sociale. Qui dirait aujourd’hui que la pensée n’est qu’une chose éthérée, qui ne compte pas ? Personne. Alors il faut la propulser à sa juste valeur, à son juste niveau démocratique, et il faut commencer à parler des choses sensibles. La liberté d’expression, c’est-à-dire la pensée, est le point de ralliement de la démocratie, de la presse et de notre liberté de conscience.

    Dès que l’on commence à parler du futur politique de nos sociétés, et qu’on révèle cette accointance particulière et scandaleuse des forces et des pouvoirs entre eux, certains érigent la liberté d’expression ou la démocratie comme valeur ultime, on nous dit « ne touchez pas à la démocratie, ne touchez pas à la liberté d’expression », sous-entendu, vous allez instaurer l’anarchie ou le chaos. Mais non … « Ils », « Vous » ne nous laissez pas de la vivre à plein rendement !

    Voilà le problème, avec cette liberté d’expression, est qu’elle n’est pas une obligation d’expression, totale, entière. Elle propose littéralement, de ne pas dire 99% du réel. Cette liberté enfantine, cette omission permanente, est désormais le linceul de notre système politique. Elle devrait être une obligation d’être expressif, avec les outils adaptés, au quotidien, sans filtre, et égalitaire, sans pression sur l’environnement.

    C’est-à-dire que dans liberté, égalité, fraternité, il y a la liberté de ne pas respecter l’égalité et la fraternité.

    La démocratie, la presse et la liberté d’expression sont depuis toujours prises en otage.

    Les trois entités phares du monde nouveau doivent sortir enfin de l’adolescence.

    *

    Brieuc Le Meur
    Berlin
    14-12-2018
    bureau@editionsf4.com

    *

    Exergue : Les gilets jaunes

    (Je corrige ce texte, vendredi 14 décembre 2018, juste après le quatrième week-end de mobilisation dans toutes les villes de France, et un dernier week-end hautement réprimé, le samedi 8 décembre à Paris).
    Le déclencheur de ce mouvement fut l’action conjuguée de chercheurs, d’artistes, d’intellectuels, qui ont posé une urgence écologique impérative. Puis est venu la démission de Nicolas Hulot. Il avait posé lui aussi des ultimatums, mais le déni de Macron a scellé son départ. Il ne resta finalement que le contenu de l’ultimatum, une phrase très précise et facilement compréhensible car elle en appelait au corps, à l’émotion : « le gouvernement doit prendre des mesures contraignantes pour le peuple, des mesures impopulaires ». Puis il est parti.
    Prenant acte de cet échec, Macron n’a conservé, dans son cerveau limité et inexpérimenté, que le mot « impopulaire ». Puisque des écologistes sont prêts à abandonner leur poste de ministre, pourquoi ne pas respecter leur action, en porter le crédit, tout en leur faisant porter la culotte : augmentons les taxes sur les carburants. La maladresse, l’inexactitude, se doublaient d’hypocrisie et de cynisme. Le mouvement des gilets jaunes remonte à des décennies de souffrance… mais soudain ce fut le trop plein.

    La dissociation mentale des libres arbitres ne fonctionne plus. La révolte éclate. C’est une révolte contre un soi qui acceptait tout : la mauvaise gestion de l’état, les différences entre le discours et les faits, entre le train de vie des initiés et ceux des personnes normales. Le projet démocratique ancien devient l’arnaque ultime.

    L’absurde est si grand, la précarité si évidente, que le corps social et le corps individuel ne font plus qu’un à nouveau. Le média est oublié. D’ailleurs, avec cette nouvelle et vraie démocratie, une démocratie étendue, il n’y aura plus besoin de média.

  17. auddie dit :

    Communisme, capitalisme, socialisme et anarchie sont identiques. Ils sont issus d’une famille de militaires. Cette fratrie politique moderne, ces frères et soeurs, n’existent pas sans ce modèle. Ils ont, oh certes, des personnalités opposées, et ce même après un siècle et demi d’âge! Mais ils restent des entités dont la conscience est étouffée par la folie et la terreur du père. Surtout, la voix qu’ils portent, cette voix de gauche ou de droite qu’il y a dans la tête des gens (le discours officiel, les médias, l’inconscient dit -collectif – c’est à dire qu’il “collecte”) est une voix qui n’est pas libérée. C’est pour ça que la démocratie n’en est à qu’à ses balbutiements, comme la “liberté” d’expression. Comme la presse.

    On ne saisit pas encore toutes les possibilité du travail en réseau :

    On refuse de passer à un système politique supérieur, à une nouvelle génération politique. On refuse à la conscience, à la voix des gens, de tous les jours, d’exister au quotidien (et non pas q’une fois tous les cinq ans, ou au travers d’une soit-disante “opposition” qui n’agit pas réellement). On leur refuse l’autonomie de leur voix. Cette nouvelle génération politique n’est ni de gauche ni de droite, elle sera participative et basée sur des compromis directs qui ouvriront un panel bien plus vaste et varié que ces vielles valeurs politiques, que ces vieilles personnes étouffée par la tyrannie et le silence.

    On n’arrive même pas à “penser” un système où cette démocratie s’exprime au quotidien, sans entraves et sans représentants. On ne leur fait pas confiance, aux gens, à ces nouvelles personnes de la famille. Le logiciel des convaincus du communisme, du capitalisme, du libéralisme, du socialisme et de l’anarchie (tout aussi grabataire et n’existant qu’en vertu des trois premiers) empêche quiconque de faire le premier pas, de considérer qu’une personne c’est un adulte, pas un enfant.

    Nous sommes devant un mur, et pourtant, nul n’empêchera les gens de prendre part aux décisions et aux compromis (forcement grâce aux technologies de communication, et aux assemblées locales).
    Et parce qu’ils seront considérés comme responsables, ils agiront en conséquence.
    C’est la seule loi qui soit.

  18. auddie - indifférence dit :

    Le temps des victimes, comme du besoin de l’être, puis du besoin de ne pas accabler d’autres victimes de causes plus iniques encore, jusqu’à une sorte d’auto mutilation peut-être, sociale. Cette indifférence dont nous parlons souvent, pas simplement liée au confort.

  19. auddie - stiegler dit :

    Stiegler se goure, et d’axe d’analyse, et de combat. Mais pour utiliser comme un gimmick fashion et aveuglant cet horrible mot “d’anthopocène”, on comprend que derrière cette pseudo complexité il n’y ait de recul suffisant

  20. brieuc le meur - foucault, merleau ponty et la techno dit :

    http://www.periodicos.ufpb.br/ojs2/index.php/arf/article/view/43792

    Dommage que ni Merleau Ponty, ni Foucault n’aient connu l’hétérotopie la plus courante aujourd’hui : la techno (rave et club), domaine qui dénote dans une pérennité ( + de 40 ans maintenant) internationale assez conséquente et peu étudiée, et qui fait le lien avec ces deux philosophes.
    Ce qui remet d’ailleurs en question cette idée que “L’art n’est pas un domaine séparé de la vie, du vivant, de l’existence quotidienne et il n’a pas à revendiquer pour lui un régime spécial ou un droit d’exception pour asseoir des privilèges ou des prérogatives de puissance signifiante car il est effraction dans la vie d’une vie plus vivante que ce qui produit l’œuvre, l’artiste, le musée et ses institutions.”
    … tant le confort et l’attrait communautaire, la durée très longue des événements, parfois sans interruption (à berlin en tout cas), remettent certains paradigmes au goût du jour.

    *

    Un dialogue * *

    Nadège Adam :
    – Les raves les frees appartiennent tt de même a une forme de la nuée, comme peuvent l être d autres choses : Anonymous par exemple et les attaques terroristes, la disjonction et l informel de l unité de contour se sont déplacés ailleurs
    Il y a de bons penseurs de l’informel.
    De fait la notion d un topos delimite comme une generalite dans les heterotopies me dérangent, delimiter un ensemble spatial autre un camp un parc une zone…. Comme les pratiques artistiques occidentales qui habitent telles des Bernard Lhermitte les reliques industrielles… Ca montre assez bien la place d un certain art dans la société

    Brieuc Le Meur :
    – Nadège Adam Oui certes. C’est qu’elles sont les formes, je dirai, primitives, de cette musique (pour voir longtemps organisé et joué dans ces soirées). Il se distingue aujourd’hui des zones qui vont au delà de l’artistique (je parle surtout de la scène techno berlinoise), avec une sorte de quasi “habitabilité” de l’expérience (nourriture, lieu, temporalité, possibilité de sortir, de revenir plus tard, multi salles et tempos, musique fréquentielle qui atomise l’ego et la langue. J’aime bien vos expression de “Bernard Lhermitte” et “reliques industrielles”.

  21. blm - arrogante ingénierie civile dit :

    Dans les campagnes c’est le silence total, un silence flippant, absolument terrifiant. Il n’y a plus de chants d’oiseaux, car plus d’insectes pour les nourrir, car plus de vie microbienne pour les faire tenir, car trop de pesticides, de fréquences polluantes dans les airs, d’OGM qui font muter d’autres plantes, + pollution des eaux, de l’air, des sols. C’est effrayant de se balader à la campagne aujourd’hui. Tout est mort. Et là, on touche doublement à des parties de notre être : l’une, vitale, de chaîne alimentaire et d’écosystème, d’équilibre, de biodiversité, condition de toute existence, qui a mis des milliards d’années à se créer, de l’autre, notre indifférence, car notre sensibilité est distordue par des habitudes avilissantes.

    Il n’y a plus de Merles en Bretagne. Ils sont tous morts. La campagne est silencieuse. Tous les merles. Et maintenant, les chouettes. Ces pauvres et magnifiques animaux souffrent d’une maladie qui les déciment toutes. Un dégât “collatéral”. Mais les ingénieurs en herbe, arrogants et si sûrs d’eux, nous regardent de haut. Ils trouveront toujours une solution, c’est ça? Ils ont appris certaines règles, très étroites, et certaines solutions, encore plus étriquées. Ils ont surtout appris à nous traiter d’ignorants. Moi je pense qu’ils ignorent que nous parlons de niveaux de conscience qu’ils n’imaginent pas.

    Je pense que ce sont les ingénieurs qui vont achever ce monde.

  22. brieuc le meur - Deuleuze, Spinoza et moi dit :

    Gilles Deleuze, cours sur Spinoza:

    “Le tyran, l’homme de la religion, ils font des satires, c’est-à-dire que, avant tout, ils dénoncent la nature humaine comme misérable puisque il s’agit, avant tout, de la faire passer en jugement. Et, dès lors, il y a une complicité, et c’est ça l’intuition de Spinoza : il y a une complicité du tyran, de l’esclave et du prêtre. Pourquoi ? Parce que l’esclave c’est celui qui se sent d’autant mieux que tout va mal. Plus que ça va mal, plus qu’il est content. C’est ça le mode d’existence de l’esclave ! L’esclave, quelle que soit la situation, il faut toujours qu’il voit le côté moche. Il y a des gens qui ont du génie pour ça : c’est ça les esclaves. Ça peut être un tableau, ça peut être une scène dans la rue, il y a des gens qui ont du génie pour ça. Il y a un génie de l’esclave et en même temps, c’est le bouffon. L’esclave et le bouffon. Dostoïevski a écrit des pages très profondes sur l’unité de l’esclave et du bouffon, et du tyran, ils sont tyranniques ces types-là, ils s’accrochent, ils ne vous lâchent pas… Ils ne cessent pas de vous mettre le nez dans une merde quelconque. Ils ne sont pas contents, il faut toujours qu’ils abaissent les trucs. Ce n’est pas que les trucs soient forcement hauts, mais il faut toujours qu’ils abaissent, c’est toujours trop haut. Il faut toujours qu’ils trouvent une petite ignominie, une ignominie dans l’ignominie, là ils deviennent roses de joie, plus que c’est dégueulasse plus qu’ils sont contents. Ils ne vivent que comme ça ; ça c’est l’esclave ! Et c’est aussi l’homme du remord et c’est aussi l’homme de la satire, c’est tout ça.”

    *

    Grille de lecture et analyse personnelle :

    Une réflexion et un contexte portés sur l’actualité.

    Les gilets jaunes, comme ceux qui les méprisent, sont tout à fait préparés à l’effondrement. D’ailleurs, s’agissant de celui-ci ou des conséquences d’un énième krach boursier, d’un seuil critique de biodiversité, nous, esclaves de l’ultra libéralisme, s’imaginons souvent grands seigneurs et gagnant gros, et tous dans le même élan, dans un autre sens, ont envie de tout perdre. Comme des destins liés. Et à dessein: que tout le monde perde bien tout. C’est le but intime ultime, la justification, l’explication des risques pris. Que tout se casse la gueule. Ou bien, tiens, une bonne guerre. Compteurs remis à zéro. Deuleuze parlant comme Céline… D’un mot-rose l’autre…

    Je trouve que cette complicité dont parle Deuleuze en analysant Spinoza est tout à fait contemporaine : “Il y a une complicité du tyran, de l’esclave et du prêtre”. Pourquoi ? Parce que l’esclave c’est celui qui se sent d’autant mieux que tout va mal.”
    Et Deuleuze rajoute : ” Ça peut être un tableau, ça peut être une scène dans la rue”.

    Oui, et ça l’est. Ce qui conforte l’esclave, c’est quand tout va mal, lorsque son maître, ou son prêtre, comme ses contemporains, souffrent d’une catastrophe quelconque et se rapprochent de sa condition misérable. Guerre, famine, maladie, catastrophe naturelle (froid, sécheresse). La déstabilisation de l’environnement rassemble en idée et en idée seulement, les espoirs des escrocs comme des oubliés, des brisés par l’existence. Ils sentent alors que leurs chaines et leurs casseroles peuvent se briser, que l’ardoise pourra être effacée. C’est le rêve aussi de tout cancre, tout écolier aventurier…

    Le fait que l’esclave puisse être un bouffon ? Dans un sens tout le monde peut être un bouffon, un satyre, car qui est vraiment heureux, satisfait ? On connait les jeux BDSM des puissants (comme des eugénistes, des beaux et sélects). Ah être rabaissé à sa condition originelle de ver de terre et être libéré. Enfin, ne plus rien posséder, ni empire ni responsabilité. Ici se joue l’ambivalence, et elle se renforce dans al modernité : plus personne ne souhaite vivre ces vies de puissants, de people, de grands patrons ou grandes stars, de nobles ou de cardinaux, de militaires zélés. L’histoire comme le cinéma, la littérature, ont montré la tristesse de ces gens, l’absurde condition de leur existence, et on devine facilement, inconsciemment, qu’ils rêvent à leur tour de redevenir des personnes normales, anonymes, et peut-être, par ennui, et parce qu’ils ne ressentent plus rien, de devenir des esclaves, des créatures en souffrance, où l’on se pique d’agrafes (de bureau), de jalousie, et de brûlures de bougie.

    Moi ce qui me frappe, c’est ce paradigme perpétuel du bouffon de tous les milieux ; “Parce que l’esclave c’est celui qui se sent d’autant mieux que tout va mal ”. Dans cette époque où nous jouissons encore d’un vague équilibre environnemental et économique, appelé à disparaître puisque les cycles des espèces et des écosystèmes se rompent, l’esclave comme le satyre, comme le tyran, pauvres comme riches, sont égaux devant l’ignominie et la catastrophe. Je parlais de Céline (car Deuleuze écrit étonnement comme lui, surtout à la fin de son texte) ; il a bien décrit ces travers qu’aucune condition sociale ne rattrape. Il décriait que le pauvre et le riche comme étant aussi cons; aussi avides. Les rôles peuvent être intervertis.

    Oui, le tyran comme l’esclave, le riche comme le pauvre, se sentiraient plutôt bien si tout s’effondrait.

    Cela apporte une justification nouvelle, majeure du déni (ou du dédain) face à l’inévitable : Les uns comme les autres se dirigent sciemment vers la catastrophe. , mais pour des raisons différentes. Pourtant l’effacement de l’ardoise serait la même, mais aussi et surtout, la fraternité des salauds, des violents, qui trouveraient enfin une bonne raison de se réconcilier, d’œuvrer ensemble, mais dans la main, pour une guerre humaine, métaphysique. Une bonne raison de se bouger ! We will survive! C’est une des explications de la désinvolture et de l’indifférence face aux problèmes modernes de destruction de la biodiversité et des inégalités sociales. Ce n’est pas que les gens sont devenus insensibles, c’est qu’ils le dédirent ! Ils désirent la catastrophe. Et c’est ce que Deuleuze, comme Spinoza, ne savaient pas encore. Et pour arriver à nos fins : l’indifférence est en vérité la vraie tyrannie. Elle recouvre notre désarroi, notre vide moral.

    Et là, Deuleuze mettrait peut-être un bémol, puisqu’il temporise. Il est même un tantinet réac : “Il faut toujours qu’ils trouvent une petite ignominie, une ignominie dans l’ignominie, là ils deviennent roses de joie, plus que c’est dégueulasse plus qu’ils sont contents. Ils ne vivent que comme ça”. Effectivement, il y a peut-être un amour du conflit, un amour des révoltes et des chagrins de l’enfance qu’il faut retrouver pour chipoter, pour prendre de l’importance, pour monopoliser l’attention, mais ça, c’est une autre histoire.

    La satyre -le satyre-, ce n’est pas un théâtre, c’est le présent. Nous sommes amorphes, guidés, indifférents. Nous acceptons cette condition d’esclaves car il reste en nous l’esprit de sacrifice. L’amour des subordinations, des allégeances d’autrefois, étaient des fiertés. C’est une appartenance. Nous nous sentons parrainés lorsqu’on nous manipule (qu’on nous enc…). C’est une forme de lien intime, presque de lien de parenté. Une forme insectoïde…
    C’est le cynisme éprouvant de ceux qui préfèrent la disparition organisée d’avec ceux qui les gênent -ce qui est une preuve de faiblesse- plutôt que d’absorber, de dépasser et d’élever les réalités sociales et communautaires, de les renouveler.

  23. Jean-Daniel Peterson - Les méduses dit :

    Les méduses

    Elles sont là, elles attendent qu’on leur laisse la place.
    Elles attendent qu’on ait fini.
    Après quoi, elles pourront vivre des millions et des millions d’années molles.
    Salvador Dalí ou Claes Oldenburg en avaient rêvé, elles le réaliseront :
    le monde deviendra tout mou.

  24. blm - réchauffement dit :

    lu sur internet, Greta Thunberg : “Vous avez le devoir d’écouter les scientifiques”

    Vincent Mignerot, cynique : “Les scientifiques ont-ils dit quelque part qu’il était possible, pour l’humanité, de protéger son milieu ou, a minima, de réduire son impact en temps de rivalité généralisée sur les ressources ? ”

    *

    analyse personnelle :

    Rien ne se fait, ne se fera, ou n’a jamais été réalisé sur ce monde selon des principes logiques et directs, didactiques. Tout n’est que faux semblants et symboles exploités, inconsistance et retournements, au moment où on s’y attend le moins, et pour des raisons qui nous échappent. Car il n’y a pas de Nous.

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